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 Quelques textes

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Ben Wawe
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MessageSujet: Quelques textes   Lun 9 Juil 2007 - 21:47

Salut. Suite à une idée que j'ai eu, voici un petit texte sans grande prétention que j'ai écris avant d'aller au boulot. Je le juge assez sympa', donc voila. Bonne lecture si le coeur vous en dit.

A Gotham.

A Gotham, on a un proverbe : si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après. Ca sera jamais le même. C’est cyclique, paraît.

En tout cas, c’est un proverbe qui est apprit par cœur dans la prison. Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après. C’est même devenu une chanson pour certains. Ils l’apprennent et la chantent souvent. Ca en rend pas mal dingues. Beaucoup ont été transférés à Arkham parce qu’ils ont trop entendu ça. Beaucoup ont tué parce qu’ils ne supportaient plus ça.

Moi ? Ca va. Jusqu’à maintenant, j’arrivais à gérer tout ça. Je connais ce proverbe, mais j’pensais pas que c’était vrai. Un délire de taulards. Un truc fait pour déconner et faire peur aux p’tits nouveaux qui ont la trouille de la chauve souris et de ses potes. Ouais. Jusqu’à maintenant.

J’ai peur. Vraiment. Pourtant, j’suis un dur, hein. Un vrai. J’ai tué. J’ai volé. J’ai violé, aussi.

J’suis un homme de main, et je suis pas fier de tout ce que j’ai fait, mais…je l’ai fait. C’est comme ça. Faut aller de l’avant, me disait toujours mon vieux. Alors c’est ce que j’essaye de faire. Même si on peut plus voir ce que je fais là comme un putain de retour en arrière.

Hier, j’suis sorti de taule. Ca faisait deux ans que j’y étais. J’avais été coincé parce que j’avais aidé ce taré de Double-Face à faire un coup, et j’avais été arrêté par la chauve-souris. Et j’avais déjà fait de la zonzon, avant. Parce que Nightwing et Robin m’avaient mis le grappin dessus quand j’aidais le Pingouin.
Cobblepott. Aussi un grand malade, celui-là. Mais il payait bien. Comme tous les tarés de Gotham, faut dire.

Donc ouais, j’suis sorti hier. Et j’ai tenté un coup ce soir. Un petit vol dans une bijouterie. Un truc rapide et normal, pour me remettre en selle. Pour voir si j’ai rien perdu. Un truc facile, quoi. Sauf que nan, bien sûr. Ca a pas été facile. Ca a mal tourné.

J’ai dû tirer. Ce con de vieux a voulu se défendre et j’ai dû tirer. Bon, c’est pas forcément un problème vu qu’il pourra pas dire à quoi je ressemble, mais…mais j’ai vu quelque chose. J’ai vu une ombre. Une putain d’ombre. Et j’ai peur.

Je sais qu’un mec comme moi devrait pas avoir peur, mais je m’en fous. Je suis seul, j’ai un flingue avec moi et je suis au fond d’une putain de ruelle avec cette saloperie de flotte qui me coule dessus. Et j’ai peur. J’ai vu une ombre, merde. Une ombre. Et à Gotham, ça veut dire qu’un coup apparemment facile peut très rapidement se transformer en votre pire soirée dans la ville.

Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après.

Depuis avant, depuis cette putain d’ombre, ce proverbe me trotte dans la tête. Je peux pas l’enlever. J’ai peur. Je sais pas ce qui m’attend. Même si c’est qu’un délire de taulards…et si c’était vrai ? Merde, faut que j’arrête ça. Je vire taré. Pire que le Joker. Ouais. Héhé. Pire que lui. C’est dire si je deviens fou.

Mais j’ai quand même peur. Je sais pas ce qui m’attend. Ca fait deux ans que j’étais plus dans la rue, et les règles ont peut-être changées. J’ai entendu de sales histoires en zonzon. Batman serait devenu encore plus violent et ses potes auraient suivi la tendance. Paraît que c’est plus vraiment drôle d’être homme de main, en ce moment. Paraît que ça castagne sec, chez les justiciers. Paraît même que ça fait pas que castagner…

Faut que j’arrête ça. Faut que j’arrête de penser à ça. J’ai peur, mais faut que j’arrête. J’suis un homme oui ou merde ?! J’ai fait des trucs qui feraient pleurer des mecs qui se croient durs. J’suis un dur, moi. Un vrai. J’ai pas peur. J’ai jamais peur. Surtout pas maintenant.

Bon, j’vais encore un peu attendre. J’ai pas peur, mais mieux vaut être prudent. Je sais pas quoi c’était que cette foutue ombre, mais faut faire gaffe. On est jamais à l’abri d’un putain de mauvais coup, et je viens à peine de sortir de taule. Faut rester cool. Rester dans cette ruelle. Attendre une heure ou deux. Ou plus.
Mais pas parce que j’ai peur, hein. Juste parce que je suis prudent. J’ai pas peur. Jamais.

Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après.

Cette saloperie de proverbe est encore dans ma tête. Et j’commence à me demander si ça serait pas vrai. Si il y aurait pas une sorte de malédiction qui fait que les mecs comme moi se font toujours pincer, et toujours par des types différents. Un peu comme si on faisait une collection des tarés qui veulent nous arrêter. Ca serait dingue. Ca serait débile. Mais dans cette putain de ville…ça pourrait bien être vrai.

Après tout, on est à Gotham. Des trucs dingues se passent sans arrêt ici, et j’ai bien vu une ombre au-dessus de la bijouterie avant. Et si c’était un de ces tarés ? Et si il m’avait vu ? Et si il jouait avec moi ? Et si il allait bientôt me tomber dessus ?
Putain. J’ai peur.

Ouais, j’devrais pas, j’suis un dur et tout, mais…quand même. J’ai peur. Ca fait deux ans que je suis pas sorti et voila que ça tourne mal. Je veux pas retourner en taule. Je veux pas refaire de la zonzon. Je veux pas, merde. Et j’veux pas qu’un de ces types vienne m’arrêter. Surtout que je sais pas qui ça pourrait être…

Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après.

Bordel, j’arrête pas d’y penser. Et j’ai peur. Batman m’a déjà eu. Robin et Nightwing aussi. Merde. Si ce proverbe est vrai…c’est à qui ? Qui va me tomber dessus ? Qui va vouloir m’arrêter ? Qui est cette putain d’ombre ?

Y a Catwoman, encore. Batgirl, aussi. Mais elles sont pas forcément toutes du « bon » côté, hein. Elles zonent aussi du mien, parfois. Et ça rassure pas. Batman et ses potes tapent, ouais, mais vont jamais trop loin. Elles…elles si. Et ça fait peur.
J’ai pas envie d’avoir trop mal. Bon, la douleur, hein, je connais. Je sais ce que ça fait d’avoir mal, mais c’est pas pour ça que j’ai envie d’y goûter encore. J’suis pas une mauviette, mais pas un maso non plus. Nan…là, j’ai juste peur. Je crève de trouille, bordel !

Un bruit. Je viens d’entendre un putain de bruit.

C’est quoi ? Je fais presque dans mon froc, merde. J’arrive plus à faire semblant d’être un dur. Je tremble de peur. Je sais pas ce qu’est cette foutue ombre. C’est pas Batman, Robin ou Nightwing. Le proverbe dit que non. Le proverbe dit que non, merde ! Et ce truc est bien la dernière chose à laquelle je peux me raccrocher, maintenant. J’ai plus rien d’autre…

J’ai plus d’amis. J’ai plus d’alliés. J’suis même plus un dur, et j’crève de trouille. Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après. C’est tout ce qu’il me reste. La sagesse. La sagesse des taulards. L’expérience commune. Les bons conseils des collègues. C’est tout ce qu’il me reste. Bordel.

Qu’est-ce que je fais, maintenant ? J’attends ? Je cours ? Si je cours, je vais avoir mal. Ca peut pas être Batman, Robin ou Nightwing. Ca peut être les autres. Et pas seulement ceux qui se disent justiciers. Y a les autres, aussi. Les monstres…mes anciens patrons.

Ils sont tarés, tout le monde le sait. Mais ils payent bien, alors je posais pas trop de questions. Mais je sais qu’ils peuvent vous plomber sur un coup de tête. Je sais qu’ils sont totalement fous. Et je sais aussi que si ils voient quelqu’un qui a du fric, ils vont le taper pour l’avoir. Merde. C’est peut-être ça, cette foutue ombre. C’est peut-être un de ces tarés…oh merde. C’est sûrement un de ces tarés.

Le Joker. Double-Face. Mister Freeze. Ou n’importe qui d’autre. Ce sont tous des malades, des tarés. Et ils tuent, eux. Pas comme Batman ou les autres. Ils tuent vraiment. Je veux pas mourir. Vraiment. J’suis pas un dur, au fond. La prison, ça fait pas que du bien. J’croyais reprendre les bonnes habitudes avec ce casse, mais…mais putain j’ai peur. J’y arrive plus. J’suis mort de trouille. J’arrive plus à bouger.

Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après. Ce proverbe a raison. C’est sûr. C’est certain. Bordel. J’vais me faire avoir par un des tarés. Et j’pourrai rien faire. Sont trop forts et trop fous. J’veux pas mourir. Mais j’peux rien faire.

Encore un bruit. Ca se rapproche. L’ombre.

Elle est là, je le sens. Ca doit être un de ces tarés. Le Joker, sûrement. Il va me torturer et me tuer. J’vais mourir. Bordel. J’vais mourir. Et personne me pleurera. Normal. J’suis pas quelqu’un de bien. J’suis un criminel, et je l’assume. J’ai fait des sales trucs, mais…mais je voulais pas toujours.
J’ai jamais réussi à être moi-même, vraiment. J’ai eu une enfance difficile, mais ça excuse pas tout. J’ai tout raté. Et j’vais mourir.

J’peux rien faire. Ca se rapproche, je le sens. Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après. Ca va être le Joker, je le sens. Ou Double-Face. Ou n’importe qui. J’vais mourir, et tout le monde s’en fichera.
A quoi bon lutter, hein ? J’ai voulu être un homme de main et je suis devenu un taulard. J’ai voulu être un dur alors que j’suis finalement qu’un humain, comme on dit. On lutte pas contre sa nature, paraît. Et là, j’ai plus envie.

J’vais mourir. Et le proverbe aura eu raison. Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après. Un taré va me buter, et tout le monde s’en fichera. Le bruit est encore plus fort. Il est là. Il va m’avoir. Et j’sais même pas ce que je vais faire.

Là…j’vois une forme, au début de la rue. Avant, j’aurais tiré et j’aurais tenté de me défendre. Plus envie. Le proverbe a raison, j’vais me faire buter. J’ai plus rien à faire. J’ai tué, volé et violé. J’mérite sûrement ce que je vais avoir. Et plus envie de lutter, de toutes façons. J’étais pas fait pour ça. Mais c’te ville m’a pas laissé faire ce que je voulais. Une prochaine fois, peut-être.

La forme approche. Et j’m’en fous. J’vais me faire buter, et j’suis collé contre le mur de cette ruelle, avec cette foutue eau qui tombe toujours sur moi. En fait, tout c’que je voudrais, ça serait de savoir qui c’est. Qui est cette ombre. Le Joker, Double-Face ou je sais pas qui. Juste son nom. Juste voir son visage. C’est la dernière chose que j’veux.

Voila. L’ombre est là, devant moi. Elle a un quelque chose dans la main…sûrement un flingue. Bordel ouais. Je sais pas ce que c’est, mais c’est sûrement un flingue. Et j’vois pas son visage. Merde. Allez, approches-toi. Que j’te vois au moins. Que j’sache qui va me buter. Le proverbe a raison. Mais j’veux savoir qui va m’avoir. J’veux savoir !

Un autre bruit. Ca y est. C’est presque fini. J’suis sûr c’est le Joker. Ca peut pas être Batman, Robin ou Nightwing. C’est le Joker, j’en suis sûr. Si tu te fais attraper par Batman, tu te feras avoir après par Robin. Et si tu te fais avoir par Robin, un autre se chargera de toi après. Allez. Montres-toi. Allez !

« Officier Foster du Gotham City Police Department. Vous êtes en état d’arrestation pour vol et meurtre. Vous avez le droit de garder le silence, et tout ce que vous pourrez dire sera retenu contre vous. Si vous n’avez pas les moyens de vous payer un avocat… »


Dernière édition par le Jeu 2 Aoû 2007 - 12:57, édité 1 fois
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MessageSujet: A Gotham   Lun 9 Juil 2007 - 22:08

C'est pas mal du tout. J'ai toujours aimé ton style, même si là c'est peut-être un poil de cul de bébé fourmi trop long.

La fin est pas mal, on s'y attend vraiment pas. J'étais un peu perplexe au début, mais ça concorde bien avec les doutes qu'il a eu juste avant.
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Evelye
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Lun 9 Juil 2007 - 22:23

Très bon bravo

Ça tombe bien, je suis dans une "phase Batman" ces temps-ci !
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Ben Wawe
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Mar 10 Juil 2007 - 21:06

Merci beaucoup.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Dim 15 Juil 2007 - 18:05

Un texte extra! La fin est géniale, personnellement, je ne m'y attendais pas, en fait comme Batman, Robin et Nightwing étaient régulièrement cités, je me suis dit "ce ne sera pas eux, donc ce sera Batgirl", et puis non, c'est un simple filc, ce qui est encore mieux, on s'attend à des tas de supers héros, et finalement, on retrouve un homme que tout un chacun s'attendrait à rencontrer dans la rue, juste un flic, quelqu'un qui fait son boulot!!!
J'ai adoré!!!!

Merci du plaisir!
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Ben Wawe
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Jeu 2 Aoû 2007 - 12:57

Un autre texte, un peu plus déprimant que A Gotham mais plus proche de nous aussi.

Un flic.


Je suis fatigué. Et pas que physiquement.

Bien sûr, mes journées de douze heures sont usantes, mais ce n’est pas ça qui me ruine la santé. Ce n’est pas ça qui me détruit peu à peu. Ca, je l’ai enduré pendant quarante ans, et ça ne m’a jamais rien fait. On prend le rythme. On s’habitue à bosser comme un dingue, à aller au-delà de son contrat pour pouvoir faire ce qu’on veut et ce qui est nécessaire.

Non, ce ne sont pas toutes ces heures qui me fatiguent. C’est ce monde qui m’use. C’est cette société qui me détruit. C’est ce qui leur arrive qui ne me plaît plus. Ca, et mon boulot.

Enfin, non, ce n’est pas totalement vrai. J’aime toujours mon boulot. C’est toujours ma passion, et je sais que j’ai fait le bon choix, jadis. Ca ne m’a pas amené que des joies, j’ai souvent risqué ma vie, mais je n’ai jamais regretté. Et je ne regrette toujours pas d’être devenu un flic.
Nan. Ce n’est pas mon boulot le problème. C’est ce qu’il y a autour.

Le monde…le monde ne tourne pas rond. Je sais que j’ai l’air d’un vieux con en disant ça, mais c’est vrai. C’est malheureusement vrai. Les choses changent, oui, mais elles changent mal. Peu à peu, la société a été transformée pour devenir quelque chose…quelque chose de moins bien. De mauvais.

C’est difficile à expliquer, pour moi. Je ne suis pas très lettré, et je n’ai jamais su bien exprimer mes sentiments, même si j’ai toujours été bon en orthographe et en grammaire. Mais je ne sais pas bien me livrer…m’enfin, ce n’est pas grave. Un flic n’a pas à se livrer, m’avait dit un jour mon instructeur. Sauf avec sa bouteille et son flingue.

A ce moment-là, je n’avais pas compris ce qu’il voulait dire. C’était un vieux de la veille, un mec qui avait fait la guerre et qui était après rentré dans la police parce que personne d’autre ne voulait de lui et de sa paranoïa. C’était un bon flic. Trop porté sur l’alcool et trop raciste, mais un bon flic.
Il m’a apprit beaucoup de bonnes choses, mais jamais je n’avais compris ce qu’il voulait dire par cette phrase : « Un flic n’a pas à se livrer. Sauf avec sa bouteille et son flingue ».

Pour moi, à cette époque, le monde était soit Blanc, soit Noir. Soit on était quelqu’un de bien, soit on était un criminel et on devait être arrêté. J’étais plein d’espoir. Je voulais changer le monde. Je voulais protéger les citoyens, la veuve et l’orphelin. Je voulais être quelqu’un de serviable, oui. Pas forcément un héros, mais quelqu’un de bien. D’utile. Mais les choses changent.

Au fil des années, j’ai compris que le monde n’était pas Blanc ou Noir. Le monde est Gris. Désormais, c’est devenu un cliché que de dire ça, mais c’est vrai. Il n’y a pas de Bien, il n’y a pas de Mal. Même si je suis catholique pratiquant, je ne crois plus au Paradis ou à l’Enfer. Je reste persuadé que Dieu existe, mais ma foi a grandement perdue de sa force durant ces quarante ans passés dans les rues de la ville.
J’en ai vu des saloperies. Mais je n’en ai jamais faites. Jamais je n’ai violé la loi. Je ne le pouvais pas.

Je pourrais dire que j’avais juré à mon père, ma mère ou mes proches de ne jamais faire quelque chose d’illégal. Je pourrais dire que j’ai fait ça parce que je croyais en des valeurs fortes et invincibles. Je pourrais dire que jamais je n’ai palpé du fric ou fait des saloperies parce que je ne le voulais pas. Oui, je pourrais dire ça. Mais ça ne serait pas vrai, et j’en ai assez des mensonges.

Je n’ai jamais fait ce genre de choses parce que j’avais peur. Peur de perdre mon boulot. Peur de perdre la seule chose qui me tient à cœur. Je sais, je ne devrais pas dire ça. J’ai une femme et des gosses, et je les aime. Mais…mais mon boulot est toujours passé avant.

Je sais, ce n’est pas bien. Je sais, j’aurais dû éviter de les perdre simplement parce que je préférais bosser plutôt que de passer du temps avec eux. Mais parfois…parfois, on ne choisit simplement pas. Mon travail a été ma passion durant toute mon existence, et sans y faire attention, il a rongé ma vie de famille.
Je passais plus de temps dans ma voiture de flic qu’avec mes proches, et même si je faisais des efforts, ça ne suffisait jamais assez. Je le sais. Je le regrette, maintenant. J’aurais dû faire différemment, je pense.

Comme je l’ai dit, je n’ai aucun regret d’avoir choisi cette carrière. J’ai aidé la communauté et j’ai fait ce que je voulais faire, à savoir être utile. Mais maintenant, alors que je suis en face d’une bouteille et d’un flingue, je me demande si être flic veut encore dire quelque chose. Si ce que je suis n’est pas abandonné depuis longtemps par tout le monde.

La société a changé, et j’aurais dû le voir venir. Au fil des années, les criminels sont devenus plus…comment disent les jeunes ? Ah oui. Ils sont devenus plus « cool » que ceux chargés de protéger la population. Il est devenu plus « fun » de violer la loi que de la faire appliquer. Il est devenu plus « tendance » de braquer une arme sur quelqu’un plutôt que d’empêcher que ça arrive.
J’ai vu ça arriver. Et je n’ai rien fait.

Enfin…non. Je n’ai pas vraiment vu ça arriver. J’ai fait un peu l’autruche, me réfugiant dans mon monde et mon travail alors que les changements apparaissaient. Je sais. C’est de ma faute. Mais…mais comment m’en vouloir ? Mon travail était ma vie. Ma famille m’abandonnait, et je pensais que je ne pouvais rien y faire. Qui n’aurait pas fermé les yeux et ne se serait pas plus plongé dans son boulot ? Qui n’aurait pas voulu oublier qu’il avait des proches dont il devait s’occuper si ceux-ci ne voulaient plus de lui ?
Je connais la réponse, maintenant. Celui qui aurait fait ça est quelqu’un de bien. Ce que je ne suis pas.

Mon fils est mort. En jouant au criminel.

Il avait dix-sept ans et c’était sa première opération, si on peut dire. Attiré par le film Scarface, celui qui a fait tant de mal à la vision de la criminalité chez les jeunes tant le message a été mal compris, il a voulu faire pareil que Tony Montana. Il a voulu jouer au gangster, pensant que c’était facile et qu’il y arriverait toujours, comme ses héros.
Il a voulu jouer, oui. Et il a perdu.

J’étais de service, ce soir-là. Et ce fut la première fois de ma vie que j’ai pleuré. Pas parce que mon fils était mort. Pas parce que je venais de perdre la chair de ma chair. Non. Parce que je me rendais compte que maintenant, ma famille était détruite et que j’avais été un mauvais père. Et donc un mauvais homme.

Pour moi, un homme ne peut être un homme que si il réussit sa vie. Et réussir sa vie, ça veut dire réussir ses enfants…être un bon père. Je ne l’ai pas été. A la place, j’ai été un bon flic, mais ça ne veut rien dire. A cause de mon boulot, j’ai perdu mon fils, dont je ne me suis pas assez occupé, ma femme et ma fille. A cause de ma vocation, je n’ai plus rien, maintenant.
Et le pire…le pire, c’est que je n’ai plus la foi. Que j’ai tout sacrifié pour quelque chose qui me semble creux, désormais.

Comme je l’ai dis, les enfants ont préféré être les voleurs que les gendarmes, au fil des années. Et c’est encore pire maintenant. Avec des jeux vidéos qui leur permettent de tuer des flics et de voler en toute quiétude, avec des films qui n’arrêtent pas de faire l’apologie de la violence et du fric et des femmes faciles, je ne me sens plus à ma place dans ce monde. Et je me rappelle de la phrase de mon ancien instructeur. Et je comprends.

J’ai sacrifié ma vie entière pour être flic. J’ai fait de bonnes choses, et je n’ai jamais dépassé la ligne parce que j’avais peur de perdre mon boulot. Je n’avais pas peur de perdre ma famille ou mon honneur…non, juste mon boulot. Je suis un flic à part entière. Pas un homme. Un flic. Un vrai. Avec de la force de caractère, la Justice bien au cœur et l’envie de faire cesser toute criminalité.
Oui. Je suis un flic. Mais je crois que le temps n’est plus aux flics.

Le monde a changé. Maintenant, le temps est aux hommes gris. Je sais depuis des années que le monde est comme ça, mais j’ai toujours essayé d’être Blanc. Un flic doit être Blanc pour être un bon flic. Mais c’est terminé, maintenant.

Désormais, la police est grise, et à tendance Noire. Les gens veulent des défenseurs durs, prêts à faire feu à chaque instant « comme dans les films ». La société est pleine de violence et de fric, et il n’y a plus de valeur. La Justice n’existe presque plus, et elle est rayée par les plus hautes instances parce qu’elle ne va pas assez vite ou bien n’est pas assez dure. La Justice doit être plus dure, dit-on souvent. Je crois cauchemarder quand j’entends ça.
Il n’y a plus de Justice maintenant, non. Il n’y a plus que la Vengeance. Et les vrais flics n’ont plus leur place ici.

Mon ancien instructeur disait vrai, avec sa phrase. Je n’ai pas compris jadis, mais là oui. Face à moi, j’ai une bouteille et un flingue. Je suis vieux, seul et fatigué. Mon boulot est ma passion, mais comment puis-je encore l’exercer quand je suis le dernier à savoir ce qu’est vraiment un flic ? Comment être encore de la police quand plus personne ne veut d’un type comme moi ? Le temps est aux Inspecteurs Harry. Et je ne suis pas comme ça.

Je suis d’un autre temps. D’une période où être flic voulait dire quelque chose, où être un homme voulait aussi dire quelque chose. Je n’ai jamais pu être un homme parce que je n’ai jamais pu être un bon père, et parce que je n’ai jamais su faire la différence entre mes priorités et ma passion.
Je suis un flic. Mais ce monde n’en a plus besoin. Et il est temps que le dernier vestige d’un passé révolu disparaisse…il est temps que le Blanc s’efface pour le Gris.

Je n’ai plus rien, ici. Je n’ai plus de famille, plus d’avenir. Je suis un flic. Le dernier. J’ai une bouteille avec moi et mon arme. Je sais ce que j’ai à faire. Je l’ai toujours su, même si je ne l’ai jamais accepté.
Les vieux éléphants se cachent pour mourir, dit-on. Les vieux flics aussi. Mais eux, ils sont accompagnés par leurs remords, qu’ils ne livrent qu’une seule fois dans leur vie. A la fin. Avec une bouteille et leur flingue.

BANG.
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MessageSujet: Quelques textes   Jeu 2 Aoû 2007 - 16:33

Même commentaire que sur Urban comics: je suis sur le cul.

Un grand bravo.
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Ben Wawe
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Jeu 2 Aoû 2007 - 19:03

Merci. Smile
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Sam 25 Aoû 2007 - 17:17

Du très bon Wawe comme toujours Wink
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Ben Wawe
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Lun 3 Sep 2007 - 16:44

Ca faisait quelques semaines que je n'avais plus écris de nouvelles, et là je viens d'en faire une petite. Pas ma meilleure, mais j'en suis assez content pour avoir réussi quelque chose que j'essaye de faire depuis longtemps, c'est-à-dire l'introduction des personnages de fin. Bonne lecture.

La bête.

La voiture file dans la nuit, le moteur poussé à son maximum. Le conducteur a le pied sur l’accélérateur depuis deux kilomètres. Quelque chose le suit. Quelque chose est à sa poursuite depuis qu’il a dépassé la station service. Et il sait que ça ne s’arrêtera pas avant de l’avoir rattrapé et taillé en pièces.

Il ne sait pas ce que c’est. Il ne sait pas à quoi ça ressemble. Mais il sait que c’est là, et que ça lui court après. Au début, il a cru que c’était une illusion d’optique, un mirage…après tout, il a encore une fois beaucoup bu, ce soir. Ca fait deux semaines qu’il ne fait que ça, et même si il savait qu’il aurait dû rester sobre pour aller rejoindre la maison familiale à Houston, il n’a pas pu résister à l’appel de ses compagnons et de leurs verres. Il a cédé. Et il le regrette, maintenant.

Ses réflexes sont émoussés. Sa vision est floue. Il est un danger sur la route, il pourrait tuer des gens si d’autres avaient le malheur de croiser le chemin de sa Chevrolet Corvair, dont la fabrication avait commencée trois ans plus tôt. Mais il s’en fiche. Il a peur, il veut s’enfuir et mettre le maximum de distance entre lui et la chose, et rien d’autre ne compte pour lui.

Elle est toujours là. Elle le suit toujours. Il va aussi vite que le peu sa voiture, mais ça n’est pas suffisant. C’est une bête. Il en est sûr. Ca ne peut pas être humain. Autant, au début, il pensait que ce n’était pas réel et qu’il rêvait, mais maintenant il sait. Il sait que ça existe. Il sait que c’est bien vivant, et que c’est là pour le tuer.
Avant, il a ralenti un peu, pour voir à quoi ça ressemblait et ce que ça ferait. Il a vite accéléré à nouveau. La chose a augmenté sa vitesse et il entendit le crissement de la tôle avant que le moteur ne rugisse pour le faire partir. La bête était sur lui, mais il ne l’a pas vu. Elle est restée silencieuse et discrète, comme si elle voulait à tout prix qu’il ne la voit pas. Comme si elle voulait encore jouer avec lui.

Il ne sait pas quoi faire, en fait. Cette route est comme des dizaines d’autres au Texas : en ligne droite. Pas de virage pour faire perdre de la vitesse, mais pas non plus d’échappatoire vers une ville ou une autre route pour chercher de l’aide. Seulement du désert autour, et rien d’autre. Il ne peut pas s’en sortir comme ça. Tôt ou tard, la chose gagnera et il ne pourra pas se défendre. Pas contre quelque chose comme ça.

Il a peur. Même si il sait que son père serait déçu de voir qu’il se laisse aller à un tel sentiment, lui ne peut rien faire contre ça. Ses mains tremblent, et pas seulement à cause de tout l’alcool qu’il a bu avec les autres. Son véhicule donne tout ce qu’il peut, mais inlassablement la chose continue à courir derrière lui. Et même si il regarde attentivement dans le rétroviseur, il n’arrive pas à la voir. Ou du moins, il peut juste apercevoir sa silhouette. Et ça suffit déjà à lui glacer le sang.

Cette chose n’est pas humaine, non. Elle est démoniaque. Elle court à quatre pattes, allant aussi vite qu’une voiture lancée à pleine vitesse. Il sait qu’elle pourrait le rattraper en une accélération. Il le sent. Mais elle ne fait rien. Elle continue de rester au même niveau, à la même distance. Pour jouer. Pour se jouer de lui.

C’est un envoyé du Diable, il en est sûr. Ses années de catéchisme et tout ce temps passé à l’Eglise lui ont au moins appris à reconnaître un démon quand il en voit un. Bon, là, il ne voit pas vraiment la bête, mais il sait que ça vient de l’Enfer. Que c’est un envoyé du Tentateur pour le faire tomber de son côté. Oui. C’est ça. C’est un piège. Un piège pour avoir son âme immortelle et remporter la bataille contre le Seigneur.

Il a compris, maintenant. Il sait. Cette chose est là pour le détruire, pour le faire tomber du côté du Malin. Cette bête va tout faire pour le pousser à bout et pour qu’il ne soit plus digne de Dieu et de son Paradis. Elle veut le transformer en pécheur. Mais il ne se laissera pas faire.

Même si il a trop bu, même si il est mort de peur…il n’est pas un lâche. Il n’est pas un de ces jeunes dépravés qui se déhanchent honteusement sur une musique maléfique. Il n’est pas un de ceux qui veulent faire tomber l’honneur de la patrie et de Dieu. Il est un vrai croyant, un vrai. Il ne se laissera pas faire par un envoyé du Malin.
Le Seigneur est avec lui. Et rien ne peut alors lui arriver.

Lentement, il soupire. Maintenant qu’il a compris, il sait qu’il n’a plus grand-chose à craindre. Le pire danger est de ne pas savoir ce qu’on doit combattre. Lui le sait maintenant. C’est l’épreuve envoyée par Dieu par l’intermédiaire du Tentateur pour juger si il est digne ou non d’être un croyant, d’être touché par Sa lumière et Sa parole. Il est prêt pour ça.
Même si il a bu, même si il a péché, il sait que le Seigneur ne l’abandonnera pas. Il peut être encore sauvé. Malgré ses défauts, il sera sauvé. Il en est certain.

Il ne peut rien lui arriver. La bête ne peut rien contre lui, maintenant. Il a Dieu à ses côtés. Il a une voiture solide et qui l’emmènera chez lui, mais ça n’est de toutes façons pas indispensable. Même si la chose se jette sur lui, la force de sa foi l’empêchera de lui faire le moindre mal. Il est dans le troupeau, et rien ne peut plus lui arriver.

Pas un instant l’idée qu’il se trompe ne lui vient à l’esprit. Pas un instant l’idée que cette bête puisse être autre chose qu’un envoyé du Diable n’effleure ses pensées. Il est convaincu que Dieu et Satan existent, et qu’il n’est sur Terre que pour attendre le Paradis qui lui est destiné de par sa foi sans faille.

D’ailleurs, la confirmation arrive. Le soleil se lève lentement sur le Texas et cette route qui doit l’amener dans la maison familiale. Il sait que ce n’est pas seulement l’aube. Il sait que ce n’est pas seulement l’apparition de l’astre solaire. C’est l’intervention divine. Il est sauvé, maintenant. Il en est sûr.

Un simple coup d’œil dans le rétroviseur lui fait comprendre qu’il a raison. La bête est partie, disparue. Dieu l’a mis à l’épreuve, et il a réussi à survivre. Il a réussi à garder son âme et sa foi en Lui, et le Seigneur l’a récompensé. Il a fait apparaître Sa lumière régénératrice et purifiante, et la chose fut détruite. Le Malin a perdu, comme toujours. Et lui est sauvé.

Il sourit, lançant encore sa voiture à toute allure sur cette route désolée. Il sait que désormais, Dieu veille sur lui. Sa vie est toute tracée : il a passé l’épreuve avec succès. Le Seigneur est à ses côtés, et ne partira jamais. Il est temps maintenant de l’aider aussi, en donnant sa bonne parole au monde entier et en stoppant ceux qui le discréditent ou font du mal à Ses enfants. Oui. Il va faire ça. Mais après une bonne bière, et une soirée avec les potes pour leur raconter tout ça.




Plus loin. Une femme regarde la Chevrolet Corvair passer à toute vitesse, le visage souriant de son conducteur en ligne de mire de ses jumelles. Elle soupire, relâchant celles-ci pour se gratter le front. Sale journée, pense-t-elle en continuant de mâchouiller son chewing-gum à l’ecstasy. La réalité a encore toutes ses normes, elle devra se faire rembourser auprès du marchand à qui il a acheté ça sur la 5672-2. Il va l’entendre.

« Ca va ? »

La bête arrive à ses côtés, et elle lui sourit en passant machinalement ses mains dans ses cheveux bruns et bouclés. Elle aime bien sa forme actuelle, mais ne peut supporter la transformation. Ca la dégoûte, malgré toutes ses années passées sur le terrain en sa compagnie.

« Ouais. Mieux. »

Clint fait craquer sa nuque en se relevant, nu comme à chaque fois. Le crâne rasé, il n’a plus aucun poil sur le corps. Ca la fait toujours rire de savoir qu’un lycanthrope est un adepte de l’épilation totale. Elle ne s’habituera jamais à cette mode, même si ça fait déjà deux générations qu’elle existe sur le Vaisseau.

« Mais je vais avoir besoin de quelques jours de sommeil.
- Fatigué ?
- Bien sûr. Va courir une nuit durant auprès d’un débile, tu verras ce que ça fait.
- Ne le traite pas de débile.
- Tu préfères crétin ? »

Elle soupire. Il est irrécupérable. Même si elle partage globalement son point de vue, ils ont ordre de ne jamais avoir d’opinions personnelles durant leurs missions. Ils doivent être des robots, et suivre les ordres. Rien d’autre. Même si c’est souvent dur.

« Tu penses que ça a marché ?
- Je crois, ouais. Je pense qu’avec son éducation religieuse, sa cuite, la course poursuite et ma disparition au levé du soleil, ça devrait avoir fonctionné.
- Il est donc encore plus croyant qu’avant ?
- Oui. Ca ne m’étonnerait pas qu’il se sente investi d’une mission, maintenant.
- On a donc rempli la mission.
- Oui. Enfin, normalement.
- On verra bien en rentrant. Tiens, habilles-toi. »

Elle lui lance sa combinaison et regarde la route, avec la voiture qui disparaît à l’horizon. Elle aura du mal à encaisser cette mission, après tout. Mais elle s’en doutait.

Pas facile de faire en sorte que le monde soit changé en un sale endroit plus tard. Pas facile de transformer un pauvre type en futur chef de guerre. Pas facile de faire croire au jeune George W. Bush qu’il est béni par Dieu pour qu’il puisse croire agir en son nom plus tard, et déclencher des guerres aux quatre coins du globe, plongeant le monde dans une période sombre et terrifiante.
Pas facile, non. Mais nécessaire. Il faut bien que quelqu’un aide le Temps à bien se comporter et à ne pas partir dans tous les sens. Même si c’est parfois dur. Vivement la cuite pour oublier ça et aller à la prochaine mission en pensant encore qu’elle est utile à quelque chose.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Dim 16 Sep 2007 - 17:24

Bonsoir à tous. Je reviens avec une petite nouvelle issue de cet après-midi. J'ai un peu peur qu'elle soit lourde à lire, mais j'espère que ceux qui me lisent auront du plaisir en parcourant ces quelques lignes. Bonne lecture.

Paradis Perdu.

Ses oreilles entendent la cascade, avec ces millions de gouttes d’eau qui coulent contre la pierre pour tomber dans le petit lac. Son nez attire le parfum des fleurs et de l’herbe autour de lui, ces odeurs si douces et si tendres qui lui montent à la tête. Ses mains touchent le bois ancien et dur de l’arbre contre lequel il est collé, cet arbre centenaire qui a vu passé des générations et qui en verra d’autres encore. Ses yeux se posent sur le spectacle magnifique que cet endroit lui offre, avec ces fleurs, ces arbres superbes, cette cascade tendre et cette ambiance indescriptible. Il est heureux.

Il continue de regarder. Il aime ça. C’est beau. C’est magnifique, même. Jamais il n’a vu quelque chose qui ressemble à ça. Les insectes bourdonnent, mais ne l’attaquent pas. Les papillons volent autour de lui, alors qu’un crapaud passe à ses côtés, comme si rien n’était.
Il sourit. Les animaux sont libres et vivent leurs existences solitaires sans faire de mal à personne. Les insectes sont mangés par le crapaud. Les chenilles mangent les déjections du crapaud. Les chenilles deviennent des papillons. Et parfois, le crapaud peut les manger, même si il préfère les araignées et les insectes. Les animaux sont en symbiose parfaite avec la nature. Ils sont la nature. Et lui aussi.

Il observe. Il les observe. Que ça soit au niveau de la faune ou la flore, cet endroit respire le bonheur et la tranquillité. Nulle attaque. Nulle violence. Nulle destruction. Simplement la beauté d’un endroit perdu et paradisiaque. Une cascade qui enchante l’oreille. Les odeurs qui flattent son nez. Le décor qui illumine les yeux. Il se sent bien. Il se sent enfin heureux.

Lentement, il approche de l’eau. Ses pieds nus, comme le reste de son corps, se posent dans l’herbe tendre, et il aime ça. La sensation sur sa peau le fit frissonner, mais il aime ça. Pas de pollution. Pas de technologie. Rien que la nature. Comme si l’Homme n’avait jamais touché le monde. Comme si il n’avait jamais été plus qu’une forme de vie aquatique.

Il s’accroupit, les pieds dans l’eau. Elle est fraîche, mais il aime ça. Les poissons viennent vers lui et n’ont pas peur, le frôlant pour le faire frissonner. Ils savent qu’il ne va pas leur faire du mal. Ils savent qu’il est un ami. Qu’il est une partie de tout ça.
Il ne sait pas pourquoi, mais il le sent : il est en symbiose avec cet endroit. Le ciel bleu se répercute sur l’eau fraîche et limpide, et il est avec les animaux, les herbes, les fleurs, les arbres. Il fait partie de ce monde. Il est heureux.

Il s’assoit, les pieds toujours dans l’eau, profitant du soleil et du bonheur. Des oiseaux se mettent à chanter en même temps que le crapaud se fait aussi entendre. Il sourit. Les papillons volent toujours dans les airs. Un lézard passe à ses côtés pour monter sur un baobab, à côté d’un vieux chêne. C’est beau.

Il pourrait rester ici des années. Il n’a plus de soucis, dans cet endroit. Plus de chef, plus de responsabilités. Il se nourrirait des animaux, leur permettant aussi de survivre grâce à ses déjections ou bien grâce à ce qu’il pourrait faire pour eux. Il sent qu’il est en symbiose avec ce lieu. Qu’il ne peut plus en partir, maintenant.

Le soleil luit dans le ciel. Pas un nuage, rien. Pas un bruit autre que celui de la nature en mouvement. Il sourit toujours. Il se sent bien. Il va peut-être dormir, pour profiter de cet endroit et goûter encore plus à sa quiétude. Et après, il pourrait peut-être plonger dans le petit lac ou…

« SESSION TERMINEE. VEUILLEZ VOUS PREPARER POUR LE RETOUR. »

Il essaye de ne pas entendre la voix mécanique et stridente, de rester couché dans cet endroit merveilleux, mais il sait que c’est trop tard. La cascade disparaît d’abord, ainsi que les arbres et les animaux. Ses mains ne touchent plus l’herbe. Il ne sent plus le magnifique parfum des fleurs. Et enfin, il n’entend plus l’eau s’écouler dans le petit lac. Tout redevient normal. Tout redevient horrible.

« PARADISE AND ASSOCIATES NE POURRA ETRE TENU RESPONSABLE DES ACCIDENTS POSSIBLES ET PROBABLES. VEUILLEZ RESTER ENTRE LES ANNEAUX LE TEMPS DE LA MISE A JOUR DE L’ENVIRONNEMENT. »

Il soupire, alors que ses sens se réadaptent au monde qui l’entoure. Ses oreilles entendent le bruit des machines qui travaillent tout autour de lui, ainsi que celui des anneaux de réalité qui sont serrés autour de son corps toujours nu. Son nez sent l’odeur caractéristique du métal chauffé et de la machine sous tension, ainsi que celle de sa transpiration. Ses mains touchent la froideur des anneaux qui ont vus passer tant d’autres. Et enfin, ses yeux voient la pièce où il est, à savoir une des salles de réalité de l’agence de Paradise and Associates de New Paris.

« LES ANNEAUX SONT MAINTENANT DECONNECTES. VOUS POUVEZ SORTIR DE LA ZONE DE REALITE ALTEREE. »

Il obéit aux ordres, comme le bon petit humain qu’il est. Les anneaux se referment lourdement derrière lui, prêts à s’ouvrir dès qu’un autre de ses camarades viendra dans la salle. Ce qui veut dire dans cinq minutes, au maximum.

« PARADISE AND ASSOCIATES ESPERE QUE VOUS AVEZ APPRECIE VOTRE SEJOUR EN REALITE ALTEREE TYPE PARADIS SIX. NOUS SERONS RAVIS DE VOUS ACCUEILLIR A NOUVEAU DES QUE VOUS AUREZ A NOUVEAU LA SOMME DE CINQ CENT EUROROUBLES. AU REVOIR. »

Il soupire. Il ne pourra pas réunir une telle somme avant un an. Un an d’attente. Un an d’insomnie. Un an de souffrance. Il est maudit, maintenant. Il a entendu la cascade. Il a sentit les fleurs. Il a touché le bois. Il a vu le paradis, et il n’y reviendra pas avant longtemps. Du moins, jusqu’à la prochaine fois. Jusqu’à ce qu’il puisse avoir autant d’argent. Jusqu’à ce qu’il puisse passer entre les tours de New Earth et son atmosphère polluée à l’extrême.

Il enfile son masque à oxygène, vérifie sa bouteille et appuie sur le bouton pour ouvrir la porte. Il entend le bruit des millions de voitures volantes qui transitent devant lui. Il sent, malgré son casque, leurs gaz d’échappement qui ont déjà réduits leur précédente planète à néant. Il ne touche rien d’autre que le métal froid et dur des portes. Et il n’a que des immeubles tristes et un ciel recouvert de nuages magnétiques et emplis de pollution comme horizon.
Il a été au paradis, oui. Et il en a été chassé. Toujours la même histoire, se dit-il en hélant un taxi et en espérant pouvoir revenir un jour dans cette fabrique de mondes virtuels. Et toujours la même fin.

-----------------

Evidemment, on sent ici l'influence de mes lectures SF (du Philip K. Dick), mais j'espère avoir été un peu original quand même. Le titre de cette nouvelle est courant, mais je le trouvais parfait pour ça.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Lun 24 Sep 2007 - 16:41

Comme tu dis Ben Wawe, on sent une certaien influence de la part de Dick, notamment avec Blade Runner , toutefois la fin est bien. Il retourne à une réalité qu'il déteste, polluée, laide, tout le monde détesterait, et c'est ce vers quoi nosu nous destinons tous au fil où nosu allons. Une bonne fin pour une histoire Wink
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Dim 25 Nov 2007 - 21:07

Après plusieurs semaines d'absence, je reviens avec un texte participant à un "concours" d'écriture sur un autre forum (en fait, c'est juste un défi). Le thème était Noël, les contraintes d'avoir une chanson de Bourvil, des pétards et un cachet d'aspirine dans le texte. Voilà ce que j'ai fait. Bonne lecture.


Une vieille chanson de Bourvil arrive doucement à mes oreilles…mais je ne l’entends presque pas. Elle est loin, et je ne fais aucun effort. J’ai les yeux fermés, incapable que je suis de pouvoir les rouvrir. Je ne peux affronter ce qui est en face de moi. Je ne peux affronter mon erreur. Je ne peux affronter mon passé.

J’ai mal. Comme toujours, à cette période de l’année. Comme faire autrement ? On ne peut fuir son passé, on ne peut fuir sa conscience. J’ai mal, et je sais qu’aucun baume, qu’aucune potion, qu’aucun médicament ne pourra me guérir. J’ai mal, et je suis condamné à souffrir. Car je suis maudit, et je dois vivre avec cela.

Dehors, il neige. Chose rare, ces dernières années. Beaucoup ont dit que le climat devient fou, que le monde va bientôt mourir…je n’en sais rien. Je m’en fiche. Tout ceci ne m’intéresse pas…ou plutôt plus. Ce n’est pas important pour moi. Plus rien n’est important, finalement.

Bourvil continue de prononcer à la va vite des paroles pratiquement incompréhensibles, mais je ne l’écoute pas. Ma sœur a pensé que ça me remontrerait le moral d’entendre cet air que j’affectionnais dans ma jeunesse. Que je serais heureux et souriant, pour une fois. La pauvre. Chaque année, je lui gâche son Noël. Chaque année, je m’enferme dans cette vieille pièce au fond de sa maison, restant seul dans cet endroit clos et ne prononçant pas le moindre mot.
Je suis désolé, petite sœur. J’aurais voulu qu’au moins tu me voies sourire une dernière fois. Mais ça ne sera pas le cas.

Ce soir, comme à chaque fois à cette période, je vais mal, et ça ne s’arrangera pas. Jamais. Trop de choses difficiles sont arrivées, le 24 décembre. Trop de choses dures. Horribles, même. Et je ne peux oublier. Ca m’est impossible.

Chaque fois que je ferme les yeux, chaque fois que je me laisse porter par mon esprit jadis si fécond, je la revois. Je revois mon amour. Ma femme. Louise. Je l’aime depuis le premier regard porté vers sa magnifique chevelure brune. Je suis prêt à tout pour elle. J’ai passé des semaines à tenter de la séduire, j’ai passé des heures devant la fenêtre de sa chambre pour lui montrer à quel point je tenais à elle. J’ai inventé toute sorte de manèges pour la voir, la rencontrer, lui parler.
Elle était ma drogue, mon essence vitale, et je n’imaginais pas vivre sans elle. J’étais jeune et amoureux. Et aimé, surtout.

C’était le bon temps. Celui de l’innocence. De l’amour. De la tendresse. Du bonheur. Mais c’est terminé. C’est mort. Comme tout.

Aujourd’hui, je n’ai plus rien. Oh, bien sûr, je ne suis pas seul apparemment…mais pourtant si. Je ne suis pas seul parce que ma famille essaye d’être là le plus possible pour moi. Je ne suis pas seul parce que ma petite sœur vient me voir tous les deux jours pour voir si je ne suis pas encore mort. Je ne suis pas seul parce que je garde chaque week-end mon petit neveu, à qui j’ai acheté plusieurs pétards pour son cadeau de Noël.
Il va aimer. Il sera heureux, rira et montrera à tous combien le bonheur peut être simple. Il sautera dans tous les coins de la pièce, profitant de sa jeunesse et de son innocence. Il fera la joie de tous. Sauf moi. Il va me faire souffrir. Comme à chaque fois.

Je ne supporte plus tout ça. Je suis seul parce que, même si je suis entouré, personne ne comprend ma peine. Personne ne comprend mon désespoir. L’on me dit que je dois oublier, que je dois continuer ma vie…mais c’est impossible. Je l’aime. Je l’aime plus que tout au monde. Je ne peux vivre sans elle. Elle est mon oxygène. Mais on me l’a enlevé…je me la suis enlevé.

Cela fait déjà plusieurs années qu’elle…qu’elle est partie. Entraînée par un chauffard dans un ravin pour une chute mortelle. Et…et c’est de ma faute.

Je sais, tout le monde me dit que c’est faux, que je n’ai pas à m’en vouloir, mais je sais bien que si. C’était le 24 décembre, et j’avais fait une crise parce que je voulais avoir une dinde aux marrons pour le dîner. J’avais invité ma sœur, enceinte à l’époque. Et je voulais que tout soit parfait, que tout soit merveilleux. Comme souvent, j’étais stupide.
Louise n’avait pas voulu acheter de dinde dans l’après-midi, et j’avais alors crié comme je savais si bien le faire. J’avais dis que c’était un comble, que le repas serait manqué, que rien ne se passerait bien, que Noël allait être gâché, et surtout que tout était de sa faute. Quel imbécile. Comme je regrette mes paroles. Comme je pleure mes mots, désormais.

Elle a logiquement pris la mouche, et a décidé d’aller chercher une dinde avant la fermeture des magasins, bien décidée à me faire taire et surtout à me contenter. Même si elle m’en voulait, elle m’aimait toujours autant et voulut faire un pas en avant vers moi. Mais je n’ai pas su voir et comprendre ça.
Je n’ai rien dis quand elle est partie, bêtement énervé par quelque chose de si stupide et de si peu important. Les dernières paroles que j’ai prononcées envers ma femme sont des mots de colère et de fureur. Le dernier souvenir qu’elle emporta de moi fut celui d’un imbécile égoïste criant pour rien et gesticulant inutilement.
Seigneur. Comment vivre avec ça ?

Bien sûr, tout le monde m’a bien dit que je n’étais pas responsable, que c’était un accident…mais c’est faux. Louise est morte parce que j’ai été stupide. Et je n’ai même pas pu lui dire combien je l’aimais, combien je ne pouvais vivre sans elle. Elle méritait l’homme parfait. Elle méritait tous les honneurs et toutes les grâces. Elle n’a eu qu’un crétin égoïste qui s’énervait trop facilement.

Je vis avec ça depuis sa…sa disparition. Les années ont passées. J’ai tenté de cacher ma peine. J’ai tenté de faire croire à tous que j’allais bien, que je passais le cap. C’est faux. Jamais je n’ai pu survivre à sa mort. Ce terrible soir de Noël, mon cœur a été détruit et mon âme a suivie. Jadis, je me suis effondré devant le corps de Louise, à l’hôpital. Ce soir, je vais m’effondrer définitivement.

Bourvil finit sa petite chanson dans la pièce à côté, et je n’écoute toujours pas. Dans dix minutes, ma sœur va venir pour me demander d’être au moins présent pour l’ouverture des cadeaux, mais elle ne me trouvera plus. Désolé, petite sœur. Désolé, ma petite princesse. Je t’aime énormément, mais je ne peux continuer cette vie. Je ne peux continuer à vivre sans mon amour.

Louise était tout pour moi. Louise était mon soleil, ma lumière dans l’obscurité. J’ai été détruit lors de sa disparition, et il est temps de la rejoindre. Je t’aime, mon amour. Je ne te l’ai pas dis assez quand tu étais là, mais c’est vrai. Je ne peux vivre sans toi, et j’arrive pour te revoir.

Oh, je sais bien que tu dois être au Paradis et que j’irais en Enfer pour ce que j’ai fait, mais…mais j’espère au moins t’apercevoir quelques secondes. Juste quelques secondes. Revoir ton sourire. Entendre ton rire si merveilleux. Sentir ta peau si douce. Goûter tes lèvres si tendres. Juste quelques secondes, s’il-te-plaît…pardonne-moi juste quelques secondes. Je t’en prie. Je ne peux vivre en pensant que je suis responsable de ta disparition. Je ne peux supporter ça.

J’ai pris tous les médicaments de la pharmacie. J’ai failli avaler les cachets d’aspirine au lieu des somnifères, mais je ne me suis finalement pas trompé. Les larmes coulent sur mes joues vieilles et fatiguées, mais pourtant je souris, pour la première fois depuis que tu es partie. Je n’en peux plus de ce monde sans toi. Je n’en peux plus de ce vide. Je suis vieux et usé. Il est temps que je vive à nouveau. Il est temps que je retrouve mon oxygène.

Je t’aime, Louise. Et j’arrive. Enfin.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Sam 26 Jan 2008 - 12:47

Je reviens avec un nouveau texte, provenant de ma psychée malade et dérangée, évidemment. Au programme : SF, idées totalement dingues, un peu de style j'espère quand même, monde futuriste déshumanisé et rempli de règles délirantes. Bonne lecture aux courageux.

Le pari.

« Tu as ce qu’il faut ?
- Je crois.
- Il faut que tu en sois sûr. Tu n’as droit qu’à un essai. C’est comme la roulrus : ou c’est bon, ou c’est fini. Et ne continue pas, même si tu perds : ça n’en vaut pas la peine.
- Je sais, je sais. Pas besoin de me mettre la pression non plus.
- Désolé, mon chéri. C’est que…c’est tellement important…
- Je sais. »

Il colla sa vitre contre la sienne pour mimer un baiser sur son le haut du casque de sa combinaison et sourit légèrement, même si il avait du mal depuis que ses lèvres étaient tombées après une erreur dans son système de ventilation. Au lieu d’un air juste frais comme il l’avait commandé, la machine avait programmé une température glaciaire, comme on en trouvait en Afrique ou en Amérique du Sud. Il avait fallu attendre plusieurs longues heures avant que la maintenance du Consulat ne vienne arranger tout cela, et il n’avait donc plus de lèvres. Mais ce n’était pas le pire, au fond : il aurait pu perdre son nez ou ses oreilles. Là, ça aurait été plus problématique, même si il avait déjà entendu que les combinaisons pouvaient s’adapter pour pallier ce manque. Néanmoins, il n’était pas encore prêt à découvrir si c’était vrai ou non.

« A tout à l’heure, j’espère.
- Patlièvre, Jack.
- Trèflquatfeul, chérie. »

Il soupira et passa dans la zone d’attente entre l’extérieur et leur conapt de douze mètres carrés. Ils avaient de la chance d’avoir obtenu tout cet espace à la roulrus nationale, jadis : tout le monde savait que c’était plus que dangereux vu qu’on pouvait soit tout gagner, soit tout perdre, mais ils n’avaient alors rien à sacrifier. Quoiqu’il s’était passé, ils venaient de se marier et ne possédaient en tout et pour tout que leurs combinaisons et deux Unités : rien d’important n’aurait donc pu leur arriver. Ce jour-là, la Chance et les deux autres divinités avait été avec eux, et ils avaient ainsi hérités de cet immense conapt. Et aujourd’hui, il partait pour tenter de le garder.

Ca faisait des années qu’ils l’avaient, réussissant toujours à y rester grâce à leur pourcentage de chance annuel. La règle était simple et universelle : les gains restent la propriété des vainqueurs, du moment que ceux-ci ont au moins 56.5% de chance chaque année. C’était calculé en fonction de la chance d’avoir un métro au moment où on arrive sur le quai, en fonction d’un avancement fortuit, en fonction de tout ce qui pouvait arriver dans l’année et qui n’était pas prévu ou contrôlable par l’homme.
Le pourcentage avait été calculé par les plus grands scientifiques du Consulat, qui étaient arrivés à la conclusion qu’un Terrien normal avait 54.5% de chance dans l’année, et donc 45.5% de malchance en contrepartie. Et donc, pour que les gagnants restent propriétaires, il fallait évidemment qu’ils soient plus chanceux que les autres. Jusque là, Jack et Janice avaient réussi, mais cette année-là, ça ne semblait plus être le cas.

La porte derrière lui se scella, le coupant totalement de sa compagne, alors que celle devant lui s’ouvrait lourdement. Elle était un peu rouillée, mais la maintenance ne jugeait pas des réparations utiles, et ils devaient donc vivre en espérant qu’elle ne resterait jamais coincé. Qu’elle soit ouverte ou fermée, si elle ne bougeait plus, elle les condamnait à une mort certaine : soit par l’impossibilité de chercher à aller travailler, ce qui se soldait par une exécution par l’arrêt total des combinaisons au bout d’une journée chômée, soit par une exposition trop longue et brutale aux rayons du soleil, qui n’étaient plus arrêtés par l’atmosphère terrestre. Jadis, leurs ancêtres s’étaient moqués de l’effet de serre. Aujourd’hui, ils étaient maudits par leurs descendants pour leur stupidité.

Jack soupira et s’avança vers la plateforme qui prenait naissance à l’entrée de son conapt, et se mit rapidement à marcher vers le quai du métro. Il n’était que six heures du matin, mais déjà la température extérieure frisait les cinquante degrés : la journée serait difficile. Il lui fallait faire vite : il commençait à travailler à huit heures et demi, et il se devait d’aller faire sa course avant d’aller au boulot. Sa survie en dépendait.

Evidemment, quand il arriva sur le quai, aucun métro en vue : ça aurait été trop facile. Encore une fois, il sentit une boule au fond de son ventre, en même temps qu’il jetait un œil sur la petite sphère mécanique qui l’avait rejoint sur le chemin. Sa surface argentée était entièrement plane, à la seule exception d’une petite lentille qui n’arrêtait pas de le fixer : elle le filmait. C’était un des mouchards du Consulat, les machines qui enregistraient les faits et gestes de Jack pour permettre aux scientifiques gouvernementaux de calculer son pourcentage de chance. Là, il venait encore de perdre des points.
Cette chose le suivait n’importe où et n’importe quand, et chaque Terrien en avait une au-dessus de lui. Heureusement, le Syndicat avait réussi à l’interdire dans les conapts, et c’était une véritable bénédiction de ne pas être surveillé chez soi. Bien sûr, les caméras gouvernementales de la Protection et de la Vigilance du Consulat, la fameuse PVC, observaient tout, mais au moins elles ne vérifiaient pas le niveau de chance. Ce n’était rien d’être épié vingt-quatre heures sur vingt-quatre si on n’enregistrait pas des preuves contre vous. La vie privée n’était rien face à la vie tout court.

Le métro arriva quelques minutes plus tard, alors que Jack sentait sa combinaison subir les premiers effets de la chaleur. La température interne était toujours réglée sur « douce brise printanière », et ça commençait à ne plus être suffisant pour lutter contre les rayons du soleil qui le chauffait. Néanmoins, il n’osait pas changer la programmation. Le souvenir de ses lèvres tombant vulgairement contre la vitre de sa combinaison le fit frissonner. Il ne voulait pas revivre un autre événement du genre.
Sans un mot et subissant de plus en plus la chaleur, Jack s’engouffra donc dans l’astronef à six places qui passaient tous les quart d’heure pour transporter la population du six cent soixante-sixième étage de la Tour qu’il habitait jusqu’à l’embranchement le plus proche, où ils pourraient prendre d’autres métros. En regardant le ciel, il vit les quatre cents étages supérieurs de la Tour, plaignant ceux qui vivaient là-haut. Plus on s’approchait du soleil, plus il faisait chaud et donc plus le risque de mourir augmentait. Avec Janice, étant jeunes, ils avaient vécus à un étage huit cent cinquante ou quelque chose du genre. Même à l’époque, ça avait été dur. Il n’imaginait pas retenter ça maintenant, et sa détermination de sauver sa situation n’en fut que renforcée.

Une heure et demi plus tard, Jack sortit de son troisième métro pour déboucher sur le quai sale et mal entretenu qui était sa destination. Il était dans une des Tours les plus dangereuses de la ville, et au sept centième étage en plus. Sa combinaison n’était toujours pas adaptée à la chaleur, mais il n’avait pas le choix : risquer de changer était trop dangereux, et il le savait. Il se devait de souffrir, c’était apparemment écrit pour cette journée. Peut-être cela allait-il lui porter chance : il fallait bien que ça s’équilibre quelque part, et le moment était tout indiqué pour ça.

Il marcha rapidement devant les portes de conapts pour finalement arriver à sa destination, tandis que la température augmentait encore. C’était une vieille porte en fer qui était brûlée par endroits et qui était directement sujette aux premiers rayons du soleil, le matin. Il savait que le lieu avait été choisi exprès pour que la PCV ne vienne pas se risquer à une perquisition le matin, au moment où le soleil était le plus puissant : ainsi, les propriétaires des lieux avaient le temps de tout remettre en ordre en cas d’arrivée surprise des agents du Consulat. C’était une mécanique bien huilée, et Jack espérait qu’elle fonctionne encore ce matin-là. En soupirant, il posa sa main contre le battant de la porte et attendit que sa combinaison transfère les informations à l’ordinateur du conapt. Après quelques secondes, la porte s’ouvrit sur la zone d’attente.

Evidemment, il y entra et remarqua combien elle était sale et mal entretenue : graffitis un peu partout, déjections humaines ou animales dans les coins, interfaces brûlées par les rayons du soleil…le fait que tout fonctionne encore tenait du miracle. Ça ne le rassura évidemment pas, mais il repensa à ce qu’il risquait si il ne réussissait pas aujourd’hui, et il serra les poings pour forcer sa détermination. Il devait entrer et gagner, il n’avait pas le choix.
La porte derrière lui se ferma et la seconde s’ouvrit quelques instants plus tard. Il s’engouffra dans le conapt de cinq mètres carrés et rempli d’une douzaine de personnes. Ils étaient évidemment tous serrés, mais vu que la gravité était coupée, il y avait encore de la place pour au moins six autres joueurs. Il n’y avait donc pas foule, et ça l’arrangeait.

Jack s’approcha de la table qui était au centre de la pièce et clouée au sol par d’énormes barreaux. Un Maître du Jeu était derrière lui, collé évidemment à sa chaise elle aussi fixée sur la moquette. Les Maîtres du Jeu étaient des personnes vendues par leurs parents aux casinos et autres agences gouvernementales à leur naissance, et ils étaient fusionnés avec leurs chaises et leurs tables quelques semaines après leur vieillissement artificiel. Ils n’étaient plus vraiment humains, et n’avaient comme seul objectif que la continuation perpétuelle du jeu. A voir les cicatrices sur le visage et les membres de celui-ci, et le fait qu’il porte un uniforme du Consulat, Jack comprit qu’il avait été volé par les propriétaires des lieux. Ca ne lui plaisait pas vraiment, mais il ne pouvait pas se permettre de faire quelque chose, et il chassa donc toute sympathie et pitié de son cerveau en se concentrant sur son objectif. Il ferait bien une électro-thérapie plus tard, pour se pardonner lui-même.

Il lévita au-dessus de la table et tâcha de s’installer le plus confortablement possible avec les barres placées au plafond pour se stabiliser. Sa combinaison n’aimait pas vraiment quand il faisait trop de mouvements, mais il ne pouvait pas faire autrement. Un jour, il lui faudrait en changer, mais ce n’était pas aussi simple que ça, et les nouvelles combinaisons ne couraient pas les rues. Déjà qu’il était difficile d’équiper tous les nouveaux nés, pas sûr qu’on accepte de changer celle d’un quadra à un niveau si peu important.

Les combinaisons étaient apparues deux siècles plus tôt, quand il avait été clair que les rayons du soleil étaient devenus trop violents et trop incontrôlables. Beaucoup de solutions possibles avaient été proposées pour protéger la Terre des conséquences de l’effet de serre, mais aucune n’avait fonctionné, et on en était donc venu à la conclusion qu’il fallait se résigner à une protection individuelle, permanente et quelque peu horrible. Désormais, toute la population terrienne était équipée dès la naissance de sa combinaison, qui avait une relation symbiotique avec l’être humain : elle grandissait en même temps que lui, lui fournissait l’air qu’il nécessitait, recevait la nourriture qui lui était transmise pour l’injecter dans le corps de son hôte, etc.
La combinaison était pratiquement devenue le véritable corps de l’Homme, mais elle n’était pas sans désavantages : à cause d’elle, la reproduction était faite artificiellement et l’amour physique était prohibé, mais le pire était surtout qu’elle contrôlait totalement la survie de son propriétaire. En effet, en cas de panne, il ne pourrait survivre longtemps étant donné qu’il dépendait totalement d’elle, mais surtout, c’était elle qui le tuait le moment venu. Dès la venue au monde, la durée de vie du bébé était calculée selon ses attributs génétiques et le mode de vie dans lequel il allait évoluer (ce qui provenait encore une fois de la chance : si un bébé naissait à une heure X, il pourrait avoir une meilleure vie que le bébé né deux minutes plus tôt ; c’était évidemment inégal, mais le système était ainsi fait). Et quand le moment était arrivé, la combinaison cessait de fonctionner, ce qui rendait bien sûr toute vie impossible : la mort était désormais programmée à l’avance et tout le monde connaissait sa « date limite ». Beaucoup s’étaient élevés pour protester contre cette technique, mais elle était finalement rentrée dans les mœurs et plus personne n’y trouvait vraiment à redire.

« Euh…je voudrais jouer. »
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Sam 26 Jan 2008 - 12:47

Le Maître du Jeu leva ses yeux vides vers lui et parla d’une voix évidemment neutre et sans vie. Son teint blafard le fit frissonner.

« Evibzztdemment, monbzztsieur. Quelle bzzt mise ?
- Euh…six mois.
- Imbzztpossible.
- Quoi ? »

Jack blêmit. Les autres joueurs se mirent à ricaner, même si ils semblaient plus concernés par leurs propres pertes et gains sur leur écran, qu’ils ne quittaient pas des yeux, que par son destin. Néanmoins, il était courant que chacun ait toujours l’oreille qui traîne, pour voir si un autre gagnait une grosse somme ou si un événement se passait. Ça en avait sauvé beaucoup de la PCV.

« Monbzztsieur, la bzzt mise minibzztmale est bzzt d’un bzzt an.
- Il n’est pas possible de parier pour une mise inférieure ?
- Non bzzt.
- Bon…d’accord. Je mise un an.
- Merbzztci, monbzztsieur. Quelle bzzt périobzztde ? »

Devant Jack, un écran tactile apparut sur ordre mental du Maître du Jeu, qui était apparemment endommagé. Il espérait que ce n’était que dans ses fonctions mentales, mais il avait un peu peur que le jeu soit déjà biaisé à cause de ces problèmes. Il aurait bien demandé aux autres, mais il savait qu’il n’aurait pas de réponses et que ça fragiliserait sa position…peut-être même que certains l’agresseraient dehors, en bravant la surveillance de son appareil de chance, resté à l’extérieur car il n’avait jamais le droit d’entrer dans un conapt. Non, il devait se débrouiller seul et prier la Chance, Patlièvre et Trèflquatfeul de l’aider.

Après quelques secondes d’hésitation, il choisit la première proposition : XXIe siècle. L’écran se modifia en fonction de la période visée et fit apparaître une question avec deux choix possibles : « L’effondrement de l’économie européenne s’est produit en 2057. Pourquoi ? » et les réponses proposées : « A cause de la guerre américano-orientale de 2052 » ou « A cause du refus de la Russie de rejoindre les Etats-Unis d’Europe en 2055 ».
Jack soupira lourdement. La Chance n’était définitivement pas de son côté. Il avait une minute pour choisir la bonne réponse, sinon il perdrait une année entière de sa vie, qui était pour le moment calculée à quatre-vingt douze ans, huit mois et cinquante jours ; on avait abandonné le calcul des heures bien avant sa naissance. Les propriétaires des lieux la retirerait de sa combinaison, qui mettrait fin à son existence au moment choisi, et ils pourraient revendre cette année au plus offrant, à ces gens extrêmement riches qui voulaient repousser la date de leur décès. Si il gagnait, au contraire, il aurait alors une Carte de Chance, et c’était là son but ultime.

La Carte de Chance était un de ses objets mythiques qui changeait une vie. Même si son degré de rareté n’était pas aussi grand que la majorité des gens le croyait, le nombre de Cartes en circulation restait quand même assez faible pour susciter les convoitises, et pour cause : en avoir une donnait automatiquement le droit à 20% de chance en plus. Avec ce qu’il avait calculé, Jack en était en ce moment à 40.7% de chance annuelle, et Jacine à 50.2%. Il lui suffirait de répartir la Carte de Chance entre elle et lui, et ils seraient sauvés. Même si en avoir une à ce jeu était illégal, le Consulat ne vérifiait pas vraiment les méthodes d’acquisition des Cartes de Chance, et ils pouvaient ainsi s’en tirer…si il gagnait aujourd’hui. Ce qui était incontrôlable, malheureusement.

Ce type d’endroit était appelé la Salle de Pari, et ce n’était pas pour rien : personne ne connaissait jamais les réponses aux questions posées. Celles-ci s’arrêtaient au XXIIe siècle, à savoir six siècles plus tôt ! Aucun Terrien ne pouvait connaître des éléments aussi insignifiants que la chute des Etats-Unis d’Europe et de leur économie, c’était impossible. Le seul choix était alors de parier sur une des deux propositions, et généralement, le parieur perdait, et continuait à essayer car si il en était réduit à tenter ça, c’était qu’il n’avait pas d’autre choix. C’était un cercle vicieux, et beaucoup disaient que le Consulat encourageait ça pour que les six consuls principaux puissent continuer à survivre très longtemps. C’étaient eux les plus grands acheteurs d’années pariées, mais personne n’osait vraiment le dire, même si c’était globalement connu de tous. La PCV veillait au grain.

« Euh…je parie sur « A cause de la guerre américano-orientale de 2052 ».
- Choix bzzt valibzztdé. »

Le Maître du Jeu lui fit un sourire sans âme alors que son écran devenait noir, après qu’il ait finalisé sa réponse en cliquant dessus. Il posa ses yeux sans vie sur le visage de Jack, qui suait à grosses gouttes dans sa combinaison à cause de la tension. Le système d’absorption de l’humidité avait depuis longtemps lâché, et généralement il ne le regrettait pas, mais là, il aurait bien voulu qu’il soit toujours opérant. Ca lui aurait au moins permis de se sentir moins faible et insignifiant face au Hasard.
Quelques secondes plus tard, l’écran se ralluma et montra la bonne réponse, alors que le Maître du Jeu reprenait la parole pour annoncer la nouvelle de sa voix déshumanisée.

« Maubzztvaise bzzt rébzztponse. Noubzztvelle bzzt mise ? »

Jack sentait la pression monter. Il savait qu’il ne pourrait plus jamais gagner ses années perdues, et que déjà Janice avait deux ans à vivre de plus que lui. Il savait aussi que sans lui, elle vivrait dans une misère plus grande et qu’elle passerait ses vieux jours dans un conapt au huit centième étage…voir pire. Mais il était certain que si il laissait la situation ainsi, ils passeraient directement à ce genre de conapt, et sans vivre dans un confort plus grand les cinquante années à venir. Il n’avait pas vraiment le choix : même si Janice lui avait interdit de le faire, il devait se sacrifier. Au moins pour elle.

« Oui. Un an, à nouveau. Période XIXe siècle.
- Merbzztci. »

L’écran apparut à nouveau, et la nouvelle question ne tarda pas à s’afficher avec ses deux choix : « De quelle nationalité était Porfirio Díaz ? » avec deux réponses possibles : « Mexicaine » ou « Ukrainienne ». Jack sentit à nouveau le sol se dérober sous ses pieds, même si il était accroché au plafond. Il ne savait rien de ce type, et ne connaissait même pas les nationalités proposées. Ça faisait bien longtemps que la délimitation par pays avait disparue sur la Terre et que le Consulat avait pris le pas sur le système précédent, tout en gérant les relations sociales sur la chance. On était arrivés à la conclusion, à l’époque, que les castes étaient néfastes si elles étaient basées sur des faits contrôlables par l’homme, et il avait donc été décidé de changer cela pour parvenir à une classification sur la chance, les probabilités que personne ne pouvait gérer. Pour tout le monde, maintenant et depuis longtemps, il y avait le Consulat et son système de chance qui régissaient tout, et rien d’autre. C’était donc à nouveau une question impossible.

Les secondes s’écoulaient, et il savait qu’il risquait toute son existence sur son choix. Janice comptait sur lui, et il ne pouvait la décevoir. Le souci, c’était qu’il n’avait aucune idée de la bonne réponse ! D’ailleurs, personne ne connaissait jamais la bonne réponse. Tous ceux qui venaient tenter leur chance perdaient car les questions étaient calibrées pour faire perdre et paraître illogique. A croire qu’on manipulait l’Histoire pour qu’elle semble incontrôlable et peuplée d’éléments qui n’auraient jamais eu lieu si certains s’étaient assis pour bêtement discuter au lieu de se taper directement dessus.
En désespoir de cause, Jack cliqua sur une réponse au hasard, et l’écran s’éteignit directement après.

« Choix bzzt valibzztdé. »

Le Maître du Jeu refit son petit manège avant que l’image ne revienne. Jack posa un regard las dessus, et fut à nouveau déçu. Il n’entendit même pas la parodie humaine devant lui annoncer qu’il avait encore une fois perdu. Il savait bien que venir ici, tenter de parier sur des choses inconnues était une folie, mais est-ce qu’il avait vraiment le choix ? Janice comptait sur lui, et il ne pouvait pas la décevoir. Leur vie entière dépendait de sa réussite ici, mais il était certain de perdre plus qu’il ne gagnerait, et ce en partant du principe qu’il finirait par avoir sa damnée Carte de Chance. Il mourrait bien avant sa femme, et celle-ci vivrait péniblement les dernières années de sa vie. Mais, en même temps, si il ne faisait rien, elle passerait encore plus de temps dans les hauteurs, près du soleil, à souffrir et à se demander quand sa combinaison lâcherait pour qu’elle soit enfin libre. Dans ses deux possibilités, Janice souffrirait et ça serait de sa faute. Autant choisir celle où son malheur serait le moins long.

« Je parie à nouveau. Même mise, même période.
- Merbzztci. »

Jack soupira et se remis à parier, encore et encore. Il ne compta pas le nombre de fois qu’il paria, mais il était sûr que Janice lui en voudrait à jamais si elle apprenait un jour toutes les années qu’il avait perdues. Bien sûr, elle serait touchée qu’elle ait fait ça pour elle, mais elle n’accepterait jamais son sacrifice…et c’était bien pour ça qu’il ne lui en parlerait pas. Mieux valait l’incompréhension de sa mort rapide que sa tristesse quotidienne en sachant leur destin.
Finalement, après plus d’une demi heure de paris intenses, il décida d’arrêter : il venait de perdre une dizaine d’années de vie, les divinités mises en place par le Consulat n’avaient apparemment pas envie de l’aider…à quoi bon, alors ? Dépité, il se laissa glisser des anneaux sous le regard amusé des autres joueurs. Il savait qu’ils riaient de lui, mais eux non plus ne gagnaient pas et perdaient leur existence à ces jeux impossibles. Ils étaient autant pathétiques que lui, même si il s’interdit de répliquer.

Il lévita jusqu’à la porte et entra dans la zone d’attente, le moral détruit : il n’avait pas réussi à gagner sa Carte de Chance, et en plus il avait perdu plusieurs années de vie. Janice et lui allaient retomber à un niveau social extrêmement bas, et en plus il ne pourrait pas s’occuper d’elle autant de temps qu’il l’aurait voulu. La journée commençait vraiment mal.

La lourde porte coulissa devant Jack, et il retrouva le quai qu’il avait laissé, ainsi que le mouchard du Concordat. D’un air las, il se mit à marcher vers le métro, sachant bien que sa vie était brisée et que plus rien ne pourrait le sauver. Janice allait peut-être le quitter pour se trouver un meilleur compagnon, et elle n’aurait pas eu tort : il n’était qu’un raté, et peut-être aurait-elle plus de réussite en retentant sa chance au roulmar, le système qui permettait de se trouver un conjoint selon son pourcentage de chance. Elle était encore jeune et son niveau n’était pas trop mauvais : elle pourrait s’en sortir, même si ça voulait dire que lui n’aurait plus rien.

Abattu, il s’approchait du métro qui n’était évidemment pas là quand quelque chose brilla au sol. Au départ, il crut que c’était la visière de son casque qui était encore sale, et il essaya donc de frotter son gant dessus, mais la brillance ne disparut pas : peut-être était-ce vraiment quelque chose par terre, se dit-il. Il s’accroupit et essaya de voir l’objet de ses recherches, ce qui était assez difficile étant donné qu’il avait le soleil juste en face de lui et que celui-ci faisait briller la passerelle argentée. Néanmoins, après quelques secondes difficiles, il finit par mettre la main sur quelque chose…et il n’en crut pas ses yeux.

« Trèflquatfeul… »

Jack déglutit difficilement alors qu’il se relevait et se mettait dos au soleil pour mieux voir ce qu’il tenait dans ses mains. Il ne pouvait pas y croire…c’était trop beau pour être vrai. Est-ce que c’était possible ? Est-ce que ça pouvait être ce qu’il pensait que c’était ? Est-ce que c’était bien une…Carte de Chance ?!

A nouveau, il transpira dans sa combinaison, mais cette fois-ci, il s’en fichait complètement. Dans sa main brillait une Carte de Chance, cet objet rare qui était normalement déposé aléatoirement sur toute la planète et souvent ramassé par des gens peu recommandables comme les propriétaires du lieu qu’il venait de quitter. A cause du système de pari, il était pratiquement impossible d’en trouver une ainsi, par « chance », avant que certains ne viennent les ramasser volontairement. Mais lui qui venait de perdre une dizaine d’années à essayer d’en gagner une, lui qui en avait tant besoin, lui qui était prêt à laisser partir sa femme pour qu’elle survive…lui venait d’en trouver une ! Une vraie !

C’était évidemment un événement hors du commun, et immédiatement Jack l’exhiba au mouchard du Concordat, pour que celui-ci voit bien la Carte de Chance et qu’il l’enregistre bien. Jack était évidemment aux anges, et même le fait d’avoir perdu plusieurs années d’existence ne venait pas tant le troubler que ça. C’était bien sûr un souci : il avait dû sacrifier énormément pour rien, et tout ça aurait pu être évité si il était simplement sortit du conapt. En d’autres circonstances, Jack aurait déprimé en pensant à sa « malchance », mais il chassa rapidement tout ça de ces pensées : il voulait profiter avant tout du moment, et surtout il était clair maintenant que cette « malchance » n’existait pas, vu ce qu’il venait de trouver. Il ne pouvait y avoir de signe plus clair que cela, après tout, non ?

Le sourire au visage, il s’avança donc vers le métro qui n’arrivait toujours pas, serrant bien sa Carte de Chance dans la main. Il allait être en retard au travail, mais ce n’était pas bien grave : pour un an encore, il aurait son merveilleux conapt et pourrait survivre. Même si il était sur une pente descendante du fait de son âge (plus on vieillissait, moins la chance était là : c’était évidemment une mesure pour faire disparaître les anciens et laisser la place aux jeunes, mais personne ne s’en plaignait vraiment…ou n’osait s’en plaindre, par peur de la PCV), même si il était quand même inquiétant d’avoir si peu de chance en dehors de cette magnifique découverte, il n’aurait pas à s’inquiéter pour l’année à venir. Il avait apparemment un sursis, et c’était le plus important : le reste, il s’en occuperait plus tard, quand le sens des réalités et de ses sacrifices inutiles lui reviendraient. Là, il profitait juste, et ça lui suffisait.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Dim 15 Juin 2008 - 9:31

Pour une soirée spéciale, j'ai écris une histoire dont le thème ne m'est pas trop familier au niveau de l'écriture pour une personne très spéciale. Lui ayant plu, je vous la mets ici même si je ne pense pas que ça soit mon meilleur texte. En tout cas, c'est une des premières fois que j'écris quelque chose ainsi, et ça m'a plus plu que prévu.

Gabrielle et Pete.

Il était une fois Gabrielle et Pete. Ils avaient huit ans et s’aimaient.
Ils s’étaient rencontrés sur la plage, en partageant de simples jeux d’enfant. Coups de pelle, coups de coude, cris, appels aux parents pour finalement jurer que l’autre était méchant(e) : cela avait mal commencé, mais cela semblait bien finir. Après plusieurs jours de regards en biais, de jeux avec d’autres pour rendre l’autre jaloux, ils s’étaient retrouvés à la piscine, et avaient ri ensemble de leurs pitreries. Ils n’avaient plus parlé de leur petite rixe : joie de l’enfance et de la mémoire sélective.
La séparation avait été difficile, mais ils étaient sûr de se revoir l’année prochaine : leurs parents étaient d’accords pour revenir sur les plages de Mars, alors pourquoi être tristes ? Pete n’était qu’un garçon, qui ne faisait de toute façon pas fi de ce genre de choses. Il embrassa quand même Gabrielle sur la bouche, même si elle dut un peu le forcer en présentant d’abord sa joue et en bougeant rapidement après pour le surprendre. Leur dernier souvenir de cet été fut des petits signes et des grands rires ; ils s’aimaient comme des enfants.

Il était une fois Gabrielle et Pete. Ils avaient quatorze ans et s’aimaient même si ils ne s’en rappelaient plus.
Ils ne s’étaient plus revus depuis les plages de Mars et n’avaient pas cherché à se retrouver : les souvenirs d’enfance n’étaient pas plus que cela, et ils avaient eu d’autres choses à méditer depuis. Gabrielle avait perdu ses parents et était devenue une des petites travailleuses des stations spatiales, occupée à laver tout et n’importe quoi, et personne ne la regardait. Elle n’était qu’un rouage du système, et aucun n’avait envie de découvrir que ceux qui nettoyaient derrière eux étaient des êtres vivants et qu’il fallait peut-être les respecter. Pourtant, ce jour-là, quand elle releva les yeux après avoir passé la serpillère sur le sol d’une station de transit, elle rencontra un regard qu’elle connaissait : si sombre qu’il aurait pu être plus dur que tout, mais une pointe de malice s’en dégageait…elle ne pouvait l’oublier. Elle resta quelques secondes à le fixer, avant de se rendre compte qu’elle faisait sûrement un impair en fixant quelqu’un de supérieur. Elle baissa rapidement les yeux, quand elle sentit soudainement une main sur son épaule. L’homme s’était approché et la regardait, en souriant. C’était Pete.
Lui aussi l’avait oubliée jusqu’à ce qu’il voit cette femme obligée de trimer comme une esclave alors que lui voyageait tranquillement, fils d’industriels ayant fait fortune dans l’import-export universel. Il n’avait jamais eu de problèmes d’argent mais n’avait pas été heureux pour l’instant, du moins avant ce moment-là. Il avait de suite reconnu cette jeune femme aux cheveux si beaux, qui semblaient toujours aussi doux et ce petit quelque chose en plus dans le visage. Malgré sa condition, malgré ses habits pauvres, se dégageait toujours d’elle une beauté extraordinaire. Il avait le cœur brisé de la voir ainsi, et ne pouvait supporter cela plus longtemps. Il l’obligea à démissionner et l’emmena avec lui, l’embrassant tendrement alors qu’il la retenait quand elle tenta de fuir ce qu’il lui demandait. Il l’aimait et voulait le mieux pour elle pour passer le reste de sa vie avec elle.

Il était une fois Gabrielle et Pete. Ils avaient vingt ans et s’aimaient mais rien n’allait bien.
Ils vivaient ensemble, mais n’avaient rien. Pete avait été déshérité pour avoir osé épouser quelqu’un qui n’était pas assez estimable pour lui, et tous deux étaient obligés de nettoyer après le passage des riches. Pete ne supportait pas cela, et Gabrielle ne supportait pas qu’il ait été obligé de tomber aussi bas pour elle. Ils s’aimaient, ils étaient tout l’un pour l’autre, mais comment combattre un système ? Comment survivre et résister quand on n’a même pas assez d’argent pour manger à sa faim ? Habitué à l’opulence, il ne parvenait pas à accepter cela, et n’était pas aussi bon et doux avec elle qu’il le devrait. Pourtant, elle restait avec lui, rejetant la faute sur elle et espérant que ses petits défauts disparaitraient pour qu’il reste avec elle. Elle ne pouvait s’imaginer sans lui, mais n’était pas pour autant soumise : les cris s’élevaient souvent de leur petit appartement, suivis de nuits solitaires à pleurer silencieusement de regret.
Ils n’étaient pas heureux, et cela ne pouvait durer. Même si ils avaient passé des moments merveilleux ensemble, ce n’était plus ça. Ils s’aimaient toujours, mais ils avaient peut-être trop sacrifié l’un pour l’autre pour tenir encore. Pete ne regrettait pas d’avoir perdu son statut social pour Gabrielle, et Gabrielle ne renoncerait toujours pas à Pete pour une meilleure place dans la société en couchant avec son patron, mais ils ne savaient pas si cela continuerait encore longtemps. Ils n’avaient plus rien à se dire ; les rires d’enfant et la fougue de l’adolescence avaient été remplacés par le silence et l’ennui. Leur vie était triste.

Il était une fois Gabrielle et Pete. Ils avaient vingt-six ans et s’aimaient mais n’étaient plus ensemble.
Ils avaient décidés trois ans auparavant que cela n’en valait plus la peine, et même si ils avaient pleurés plus que jamais après, ils s’y étaient tenus. Cela ne voulait pas dire qu’ils étaient heureux : malgré tous les reproches qu’ils avaient l’un pour l’autre, malgré tout ce qu’ils s’étaient dis le dernier soir, ils ne pouvaient s’empêcher d’aimer l’autre et de penser à leur erreur de l’avoir laissé partir. Chacun regrettait ses mots et ses attitudes, et plus aucun sourire ne s’était posé sur leur visage depuis ce moment-là. Pourtant, ils continuaient leur vie mais sans entrain : Gabrielle était toujours restée au même poste par fidélité envers son Amour, et Pete était entré dans l’armée après une restructuration. Ils avaient des galaxies d’écart, mais chacun rêvait de l’autre dès qu’il fermait leurs yeux.
Beaucoup tentaient de les forcer à se remarier et à copuler comme l’Empire le demandait, mais ils restaient toujours loin de ça. Aucun homme, aucune femme ne pouvait remplacer l’autre et cela ne pouvait que leur attirer des ennuis de la part de leurs supérieurs. Ils étaient assignés aux postes les plus difficiles, aux horaires les plus contraignants, mais ils s’en fichaient : jamais ils ne cèderaient. Il l’aimait trop pour ça, et elle ne pouvait s’imaginer ressentir tout cet amour pour quelqu’un d’autre. Ils lisaient et relisaient leurs lettres intimes écrites au temps de l’innocence, pleuraient toujours de leurs erreurs mais ne faisaient pas le premier pas ; ils se sentaient trop coupables pour cela. Ils n’osaient pas mais sans l’autre, ils ne faisaient que survivre. Rien de plus.

Il était une fois Gabrielle et Pete. Ils avaient trente-deux ans et s’aimaient sur leur lit d’hôpital.
La guerre était arrivée et chacun avait payé le prix de son refus de suivre la politique de naissance de l’Empire. Gabrielle avait été envoyée sur les stations les plus dangereuses et avait été défigurée par un tir de laser durant une attaque où elle n’avait survécue que par sa rage de fuir. Pete avait perdu son bras droit durant une tentative de son escadron de prendre une base ennemie, quand il avait été abandonné par les autres. Eux qui ne connaissaient pas vraiment le concept de l’Amour n’avaient jamais supporté cet imbécile qui ne voulait pas suivre les ordres de l’Empire et n’avaient rien fait pour le tirer de là. Il avait dû s’en sortir tout seul, comme elle qui s’était libérée sans aucune aide des ennemis pour prendre le dernier vaisseau libre de la station. Leurs corps étaient blessés, ravagés par la médecine bionique qui greffait sur eux des composants monstrueux qui les rendaient plus mécaniques que biologiques.
Pourtant, ils pensaient toujours l’un à l’autre. Si ils avaient trouvé la force de survivre, si ils s’étaient battus pour fuir les lignes ennemies, c’était pour garder l’espoir de revoir l’autre. Elle était prête à lui pardonner ses accès de colère sans raison si elle pouvait juste une fois reposer ses yeux sur son visage souriant, et il oublierait immédiatement ses petits défauts qui l’énervaient tant parfois si il avait la chance de lui tenir encore la main. Ils pleuraient en silence sur leurs lits alors que la technologie labourait leur chair, mais ce n’était pas par douleur : ils pleuraient parce qu’ils avaient peur de ne plus être en présence de l’autre. Ils s’aimaient tant…ils étaient prêts à tout l’un pour l’autre, et s’en rappelaient enfin.

Il était une fois Gabrielle et Pete. Ils avaient trente-trois ans et s’aimaient en essayant de s’entrapercevoir.
Ils avaient passé les six derniers mois à essayer de se retrouver, et y étaient enfin parvenus. Quelques échanges timides de courriels, quelques propositions pour finalement parvenir à un accord : ils avaient prévus de se rencontrer sur les plages de Mars, là où tout avait commencé. Malheureusement, les choses étaient bien différentes maintenant et la tristesse était présente dans leurs cœurs. La planète avait été ravagée par une percée ennemie, et la plage n’avait plus son allure d’antan. Eux-mêmes n’avaient que trop changés : Gabrielle avait continuellement la moitié droite du visage cachée par une protection métallique qui empêchait sa peau brûlée de la faire trop souffrir au contact de l’air, et la greffe de Pete n’avait pas fonctionnée, forçant les médecins à couper définitivement son bras et son épaule. Sa plaie était laide et le faisait souffrir à chaque instant, rendant sa silhouette déformée et inhumaine. Pourtant, tous deux souriaient timidement en attendant.
Ils n’étaient plus qu’à quelques secondes d’un instant qu’ils attendaient depuis dix ans. Ils avaient été stupides de rester aussi éloignés l’un de l’autre tant de temps. Même si ils ne se voyaient pas encore, chacun était certain que l’autre était son âme sœur. Elle ne pouvait s’imaginer sans lui, et lui ne pouvait vivre sans elle. Ils étaient faits ainsi et voulaient passer le reste de leur existence à s’aimer. Pourtant, un doute existait : et si l’autre ne l’aimait plus ? Et si l’autre n’avait pas été autant blessé qu’il l’avait dit ? Et si l’autre refuserait de revenir en voyant son état ? Chacun commença alors à trembler et envisagea de partir, se demandant même pourquoi il avait contacté l’autre, quand soudain elle décida qu’elle n’avait plus rien à perdre : elle l’aimait trop pour cela et savait depuis le début que derrière son masque de chevalier fort, il restait un petit garçon timide et seul. Elle sortit de son ombre et le vit, alors qu’il posait aussi ses yeux sur elle et sortait légèrement de sa cachette.

Immédiatement, ils coururent l’un vers l’autre et se serrèrent contre leurs poitrines. Gabrielle se fichait complètement de sa silhouette déformée et de son air monstrueux : elle avait retrouvé l’enfant qui l’avait fait rire, l’adolescent qui l’avait charmée et l’homme avec qui elle s’était toujours sentie en sécurité. Pete n’en avait rien à faire de son visage à moitié masqué : il tenait contre lui avec son seul bras la petite fille qui l’avait dompté, la jeune femme dont les charmes et l’esprit avaient été irrésistibles et la compagne qui l’avait toujours rassuré et aimé non pas pour ce qu’il faisait ou avait, mais ce qu’il était.
Leurs bouches se posèrent les unes contre les autres, et à nouveau ils ne formaient plus qu’un. Ils étaient Gabrielle et Pete, et il était une fois leur histoire. Comme toutes les autres, elle avait eu un beau début, un milieu difficile mais heureusement, avec beaucoup d’amour, la fin était belle. Cela, au moins, ne changerait jamais selon les époques.
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MessageSujet: Re: Quelques textes   Mer 13 Jan 2010 - 16:25

Hop, un texte écrit en décembre sur Stingray ( http://en.wikipedia.org/wiki/Stingray_%28comics%29 ), super-héros océanographe un peu naze mais pour qui j'ai toujours eu une tendresse particulière.
Je considère objectivement que mon texte n'est pas très bon, mais j'ai essayé de le corriger pendant quelques semaines et je ne vois plus trop quoi y changer. Dites-moi, ô éventuels lecteurs, ce qui ne va vraiment pas pour le cibler dans mes prochaines productions.

Bonne lecture quand même !

Coming Home.

« Crzzzzalt ? Crzzalt, crzzzzm’entends ? CrzzzzWalt !
- Mmmmmh…Diane…?
- Crzzzm’entendzzzz?! CrzzzzWalt ?
- Diane ? Diane, c’est toi ? Diane !
- Crzzz… »

Plus rien. Walter était suffisamment habitué à la communication par radio pour savoir que s’acharner sur le dispositif de sa combinaison ne changerait rien. Pour une raison inconnue, sa femme Diane cherchait à le joindre et ils avaient été coupés. Restait à savoir maintenant ce qu’il s’était passé, vu qu’il ne se souvenait d’absolument rien.

Lentement, l’océanographe Walter Newell lança un rapide check-up des fonctions de la combinaison qu’il avait inventée – et il n’aima pas ce qu’il découvrit. Premièrement, la moitié des senseurs collés sur sa peau pour transmettre les informations à l’ordinateur central étaient hors d’usage. Ça voulait donc dire qu’il ne pourrait pas utiliser la combinaison à son maximum, du fait que le système ne pourrait pas s’adapter à chacun de ses ordres et de ses gestes.
Deuxièmement, le système d’extraction de l’oxygène à partir de l’environnement aquatique avait lui aussi été endommagé : il ne fonctionnait plus qu’à 50%. Il devait donc rapidement trouver une source d’air « classique » pour éviter de mourir noyé. Car oui, Walt se trouvait sous l’eau, dans les profondeurs au vu de la fraîcheur ambiante et des ténèbres l’entourant. Il n’avait aucune idée de comment il s’était retrouvé là.
Stingray, le Vengeur réserviste et membre de l’Initiative, était perdu.

Rapidement, il se palpa le corps pour voir s’il avait été blessé ou touché, mais la réponse était heureusement négative. Il se souvenait à peine qu’il était passé à l’Hydropolis, le complexe que lui et sa femme Diane administraient jadis avec des Atlantes et d’autres sur les fonds de l’ancienne société de Namor et de la Roxxon Oil, mais rien d’autre. Il avait été triste de voir comment la politique et des tensions imbéciles avaient mené à l’abandon d’un tel projet, mais rien d’autre.

Avec Diane et Namor, ils avaient tous trois rêvés d’une cohabitation pacifique entre l’Humanité et Atlantis, et cela aurait pu devenir réalité grâce à des complexes comme Hydropolis. Implantées sous l’eau, permettant la vie atlante et humaine par d’étroites segmentations et systèmes d’adaptation, ces bases avaient permis de le mettre au cœur d’un mouvement révolutionnaire et sans nulle autre pareille. Avec ses recherches sur l’Hydrobase, ça avait représenté les meilleurs moments de sa vie professionnelle.
Seulement, tout cela était maintenant tombé à l’eau.

Walter n’avait plus aucune nouvelle de Namor depuis l’attaque d’Atlantis sur Iron Man et les siens durant la Guerre Civile. Il l’avait entraperçu pendant la bataille, mais n’avait pas été assez près pour discuter avec lui et présenter ses condoléances pour Namorita. Diane et lui avaient tentés de joindre leur ami par tous les moyens qu’ils connaissaient, mais aucune nouvelle ne leur était parvenue. Le Prince des Mers avait décidé de couper tous ses liens avec le monde de la surface, et les dernières rumeurs semblaient confirmer un retour du « Prince de la Vengeance ». Et encore une fois, Newell ne pouvait pas le blâmer après tout ce qu’il avait vécu.

Seulement, si son amitié avec le Roi Atlante avait toujours été une part décisive dans son existence et avait participé à sa condition de « super-héros », Walter se trouvait dans une situation qui demandait avant tout une réaction immédiate ; il était en danger de mort. Ses appareils ne pouvaient pas lui indiquer à quelle profondeur où il se trouvait, et seul son sonar lui permettait de se diriger dans l’opacité ambiante. Il le mit en marche et nagea doucement, voulant autant éviter les pièges qu’économiser son énergie. Il devait absolument être le plus calme pour économiser le maximum son système de transformation de l’eau en air, mais ça n’était pas facile.
En fait, Newell avait peur. Il était seul, perdu dans les profondeurs de l’Océan Pacifique, sans aucune idée de comment il avait fait pour se retrouver ici. La liaison radiée avec sa femme était coupée, ses systèmes étaient quasiment tous hors d’usage et il naviguait à vue. Oui, il était terrifié et il n’avait pas honte de le reconnaître.

Même s’il faisait partie de l’Initiative et qu’il avait aidé Cap’ lors de la Guerre Civile, Walter ne se considérait pas comme un « super-héros ». Il était avant tout océanographe, passionné de la vie sous-marine et un fervent partisan d’une coexistence pacifique entre le Grand Bleu et le monde de la surface. Passant souvent pour un illuminé suite à ses théories et ses prises de position, il s’était néanmoins attiré une réputation flatteuse de par ses découvertes et ses réussites – et c’était de ça dont il était le plus fier.
Evidemment, avoir été un peu entraîné par quelqu’un comme Captain America forçait l’admiration, tout comme avoir rencontré un Dieu Viking ou un Protecteur de l’Univers. Mais pour lui, ça n’était pas pareil : ça ne représentait pas sa vie, son but dans l’existence.

Au fond, jouer les héros n’avait toujours été qu’un concours de circonstance : il n’avait créé ce costume que pour suivre les ordres de ceux qui le finançaient pour stopper Namor, parce qu’il le connaissait. Et il n’avait été Vengeur que pour apporter ses connaissances en océanographie et pour donner quelques coups de main à l’Hydrobase. Sauver le monde en costume n’avait jamais été une vocation et ne l’était toujours pas ; il ne reniait pas sa place dans l’Initiative, mais était très heureux d’être transféré pour retrouver pleinement sa passion. Et pour retrouver pleinement Diane.

Diane…
Alors qu’il touchait une énorme masse de pierre aux abords tranchants, Newell repensa de nouveau à sa femme, celle qui lui avait donné deux jumeaux et un autre fils dans quelques semaines. Elle était sa joie de vivre, son bonheur. Elle partageait sa passion pour la mer, elle l’aimait et le supportait malgré ses longues heures de travail et ses loisirs « héroïques ».
Comment aurait-elle pu dire non ? Elle avait longuement aimé le Prince des Mers avant de se rendre compte que ce dernier ne répondrait jamais à ses avances, et que le bon vieux Walter serait, lui, toujours là. Il savait et avait toujours su qu’il n’avait été qu’un deuxième choix ; si maintenant il était certain de son amour pour lui, il avait longtemps craint que Namor ne revienne hanter les désirs de sa bien-aimée. Manque de confiance en lui, sûrement, mais c’était le genre de choses contre lesquelles on ne peut lutter face à quelqu’un comme le Roi d’Atlantis, si bien bâti et plein de charme. Mister Fantastic devait en savoir quelque chose.

Cependant, maintenant, Diane l’aimait lui et c’était tout ce qui comptait. Il avait passé beaucoup trop de temps à s’occuper des péripéties super-héroïques, ces dernières années : membre des « Vengeurs Secrets », combattant la Loi d’enregistrement des super-héros, il avait voulu s’opposer à quelque chose qu’il considérait comme injuste et avait suivi un homme qui avait toujours forcé son admiration. Mais ils avaient perdu.

Cap’ avait abandonné en voyant les dégâts qu’ils avaient provoqués, comme si c’était la première fois que leurs combats menaient à des destructions massives. Walter l’avait toujours regretté, mais c’était quelque chose d’inhérent à la nature même de leurs engagements. Stopper un combat aussi essentiel pour la Liberté et l’Egalité pour une simple prise de conscience des dommages causés par leurs interventions lui avait paru quelque peu facile, mais…c’était Cap’. S’il semblait souvent naïf sur le monde et ses habitants, il n’avait pas eu le courage de s’opposer à sa décision.
Newell, comme les autres, était donc rentré dans le rang, direction l’Initiative et les leçons aux petits nouveaux. Le début de folles aventures et de pertes tragiques.

Depuis presque deux ans, Walter ne s’occupait plus que des affaires de la surface. Il n’avait que trop peu vus Lisa et Tommy, ses jumeaux. Il n’avait que trop peu profité de Diane. Il n’avait que trop peu pris soin d’elle. Soudainement attiré par la lumière des projecteurs, il avait foncé dans le projet de Stark et de Pym – enfin, de Stark et Pym-le-Skrull, maintenant. Il n’y comprenait pas grand-chose, mais il savait maintenant que tout ça ne l’intéressait plus.

Quelques heures plus tôt, il avait annoncé qu’il acceptait l’offre proposée par l’Initiative et retournait à ses occupations essentiellement océanographiques. Oui, il allait retrouver les éprouvettes, les calculs, l’observation longue et difficile ; il adorait ça. Recommencer tout ça, reposer tout à plat, laisser son imagination dériver sur de nouveaux concepts comme l’Hydrobase et l’Hydropolis…voilà ce qu’il aimait faire. Voilà ce qu’il voulait faire.
Etre un héros, ça avait été fun mais ce n’était pas pour lui. Voir Cap’ se faire arrêter, mourir, aider Stark, former des gamins qui grandissaient bien trop vite…il n’était pas fait pour ça. Il était un rêveur, un « imaginaute de la mer ». Elevé par Jules Verne, nourri des grands explorateurs, il voulait s’immerger dans son monde et ne plus le quitter.

Malheureusement, son rêve risquait de devenir réalité. Il ne lui restait plus que 25% de capacité de transformation d’eau en oxygène.

Son crâne le faisait souffrir depuis son réveil et il détestait l’ignorance – tout comme tous ses souvenirs remontant à la surface ; il devrait vraiment arrêter ces jeux de mots déibles. Il sentait que sa concentration faiblissait, à cause des profondeurs et de l’obscurité. Il avait longuement analysé les témoignages de marins perdus dans des submersibles s’étant enfoncés trop profondément et qui étaient devenus fous.
La mer pouvait prendre la raison d’un homme trop facilement, et il s’était juré de ne jamais se laisser ainsi prendre. Pas pour lui, mais pour Diane et les enfants.

Maintenant qu’il allait être de nouveau père, il était hors de question pour Newell d’abandonner. Ce n’était pas une histoire de Liberté, de Justice ou toute autre valeur mise en avant par les super-héros : c’était simplement un devoir moral. Il était le mari de Diane, il était le père de Lisa, Tommy et du bébé à naître ; il ne pouvait juste pas les abandonner.
Ce n’était pas de l’héroïsme, du sacrifice : c’était quelque chose d’immuable, d’ancré en lui. Il devait remonter pour les retrouver et s’occuper d’eux, compenser le temps perdu et être vraiment lui-même.

Walter Newell ne se considérait pas comme un héros, même s’il avait sauvé le monde deux ou trois fois. Il ne se voyait pas comme un Vengeur alors qu’il avait toujours le statut de réserviste et avait sauvé la vie de l’équipe quelques fois. Il pensait n’être qu’un homme comme les autres alors qu’il était en train de modifier ses interfaces pour optimiser ses chances de survie, muni d’une froide concentration.
La majorité des hommes aurait paniqué, entouré des ténèbres les plus profondes et avec très peu de chance de survivre ; lui luttait contre ça.

Après tout, Newell était un des meilleurs océanographes qui soient : il connaissait l’océan et la mer comme personne. Il était informé de ses pièges, ses attaques mais aussi ses secrets. Il était conscient qu’il pourrait perdre un jour la bataille de l’homme contre la puissance aquatique, mais pas aujourd’hui. Ses senseurs étaient peut-être tous hors-circuit, mais il y en avait encore quelques-uns pouvant fonctionner et il comptait bien les utiliser.
Lentement, alors que sa concentration se raffermissait et qu’il donnait l’ordre de s’injecter quelques stimulants, les souvenirs plus récents remontaient. Il avait été dans l’Hydropolis, il avait fait quelques recherches sur la base et avait vu une brèche dans les profondeurs, là où les ramifications avaient été construites pour une extension aux Atlantes. Il avait bêtement voulu voir ça tout seul, et avait été piégé par un éboulement de gravats. La pression de l’eau avait fait sombrer les premières esquisses de travaux abandonnés par manque de fonds et manque d’intérêt, et il avait été emporté par la chute de l’espoir d’Hydropolis.

Diane devait être morte d’inquiétude, et il sentait que se sortir de là ne serait pas facile. Comme beaucoup d’autres, il avait profité de l’Initiative pour baser sa combinaison sur des éléments StarkTech : même s’il avait eu une mauvaise expérience avec Tony quand celui-ci avait cru qu’il lui avait volé des éléments de sa technologie durant sa Guerre des Armures, il avait sauté sur l’occasion pour améliorer son système et ainsi avoir une meilleure interface, plusieurs systèmes de secours et d’aide et des mises-à-jour régulières. Il le regrettait.

Maintenant que Norman Osborn avait pris le pouvoir – seigneur, Norman Osborn pensa-t-il…il avait vraiment eu raison de partir – la technologie StarkTech était pratiquement devenue obsolète. OsbornTech tentait par tous les moyens de parasiter les composants créés par Tony et Walter était certain que des piratages avaient été lancés.
C’était pour ça que l’éboulement avait autant endommagé ses circuits : ils avaient déjà été affaiblis par le manque de réparation et de mise à jour après l’Invasion, et ils avaient eu fort à faire pour survivre aux attaques de l’autre Bouffon.

Seul, perdu dans les profondeurs, Walter ne pouvait plus compter que sur ses propres circuits et sa volonté pour s’en sortir. Il n’avait jamais été un grand ingénieur et se débrouillait mieux dans l’analyse des composants chimiques de l’eau et les mouvements de flux. Mais il allait quand même survivre.

Il avait basé son système de survie sur les branchies des poissons, et il restait environ 20% d’autonomie. Sa combinaison pouvait résister à environ 360 mètres de profondeurs avant les améliorations StarkTech, et il ne devait donc pas être au-delà sinon il ne serait déjà plus là. Ses turbines peuvent le propulser jusqu’à 70kms/h au maximum, et il avait encore la possibilité d’émettre des décharges électriques par ses mains…plus des mini-répulseurs installés par Tony quand il lui avait donné sa combinaison. Il n’avait pu s’empêcher d’installer ce petit « cadeau », et ça risquait de lui sauver la vie.

Programmant son système pour transférer la majorité de la puissance dans les turbines et les répulseurs, Newell s’autorisa une grande inspiration. Aveugle, ne pouvant se fier qu’au sonar, il savait que son coup était risqué : foncer en haut aussi vite que possible, tablant sur son système pour l’empêcher de subir le mal des profondeurs et pour lui donner assez d’oxygène pour survivre.
Il avait plus de chance de mourir sur ce coup-là, mais il n’avait pas d’autre choix. Pour Diane, pour Lisa, pour Tommy, pour le petit, il n’avait pas de choix. Il n’était peut-être pas un héros, il ne le serait sûrement jamais, mais ce n’était pas d’héroïsme dont il s’agissait aujourd’hui.

Il était un mari, un père et ça suffirait. Il s’était fourvoyé ces deux dernières années, mais ça allait changer. La technologie Stark n’était pas pour lui, comme l’Initiative et les Vengeurs. Il était océanographe, il voulait que le monde soit en paix avec lui-même – et il travaillerait sur ça. Il se battrait pour ça, et il n’aurait pas besoi d’autre chose.

Rapidement, la poussée des turbines et des répulseurs le propulsa dans l’eau, son sonar lui permettant d’éviter de justesse les pièges. Malgré le danger, malgré la folie de son geste, Newell avait la foi ; il ne pouvait pas mourir, pas aujourd’hui. Il s’était trop battu pour ça.
Alors que la surface se rapprochait et que la réception radio faisait son retour, Walter s’accorda un sourire. Il remontait, au propre et au figuré. Il retrouvait la surface mais aussi sa véritable existence, son véritable but. Il retournait auprès de sa famille et de ses projets de cités sous-marines.
Il retournait chez lui après un trop long voyage, et ça faisait du bien.
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