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 nouvelles de mon placard.

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Zauriel
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MessageSujet: nouvelles de mon placard.   Ven 3 Aoû 2007 - 21:05

tout est dans le titre du topic.



Remember lady in red.

Ce ne fut que des notes sur un piano poussiéreux, dans un coin de la pièce sombre et froide. Il pleuvait, dehors, et mon costume était trempé. J'avais passé plusieurs heures dehors, à errer, après avoir quitté la fête. Je levais le pouce, mais ne recevais comme réponse que des coups de klaxons intrigués et des projections d'eau. Harassé, le revolver battant contre mes côtes, je m'arrête devant la porte de mon immeuble, cherchant les clefs dans mes poches où se mélangeaient quelques stylos, trois calepins et un paquet de cigarrettes à moitié consommé. Je n'entends pas mon agresseur se faufiler derrière moi. Tout ce que j'entends, c'est la pluie qui tape sur le sol. C'est au moment où je mis la clef dans la serrure que je sentis un parfum qui ne m'était pas inconnu. Des roses qui s'élevaient d'un corps que je ne connaissais que trop bien. Emu, je ne me retournai pas. Le coup de matraque sur la nuque ne me fit pas mal. Je l'attendais presque, avec un soulagement mêlé de honte.
Je me réveillai, toujours aussi trempé. Mes cheveux mouillés et humides collaient à mon crâne. On m'avait enlevé les lunettes. Je n'en eus pas besoin pour voir ce qui se passait autour de moi. Attaché à une chaise à la taille, aux poignets et aux chevilles, je faisais figure d'un de ces anciens espions passés à tabac, lors des différentes crises de la Guerre Froide. Mais on ne m'avait pas frappé. Et mon géôlier, que je savais être le plus dangereux de tous, était aussi le plus charmant. Je distinguai, à quelques mètres de moi, ce piano. Le piano sur laquelle elle avait l'habitude de jouer, lorsque nous rentrions tard, ensemble, de quelques soirées entre amis. Bien que je ne puisse expliquer comment, je savais qu'il s'agissait du même piano. Le coin de la pièce où on l'avait posé était plongé dans l'ombre. Je ne pouvais distinguer que sa fine silhouette couverte de cette robe rouge et flamboyante, celle avec le dos nu et aux fines bretelles. Elle jouait la nocturne de Chopin. Celle que j'adorais, depuis que j'avais vu un film émouvant, avec Tom Hanks ou Jim Carrey dans le rôle titre. Ses doigts caressaient les notes avec une lenteur inquiétante, subtile et sulfureuse. Des larmes me coulaient sur les joues, à l'entendre ainsi jouer. Elle se leva. La robe eut un bruissement, à frotter contre sa chaise. Les cheveux relevés, maquillée, elle semblait sortir d'une soirée mondaine, où l'on ne parle que de lieux communs. Mon revolver était posé sur la table, à côté d'un verre de bourbon qu'elle s'était servie. Elle n'avait rien perdu de ses habitudes de femme du monde. Elle me regardait amusé et désolée à la fois. Me capturer fut un devoir pour elle, mais elle tentait de tirer plaisir de la situation. Après l'émotion de la voir ainsi, si suûe d'elle, si déterminée, elle que j'avais connu jeune fille au regard timide et au teint rougissant, vint la colère de m'être ainsi fait dupé par la femme que j'avais aimé pendant des années. Je la pensais loin, coulant une existence mystérieuse, après s'être évaporé de ma vie comme un rêve fugitif dont on aimerait se souvenir avec plus de clarté. Je ne lui en voulais pas pour m'avoir ainsi attaché. Le prix sur ma tête pouvait motiver n'importe qui. Ce qui m'ennuyait, c'était qu'elle revienne ainsi sous mes yeux, jouer cet air sur ce piano, dans cette robe que j'avais maints et maints fois déshabillée. N'aurait-elle pas pu simplement me livrer, gardant son identité anonyme, à ceux qui réclamaient ma vie? Au lieu de jouer cette parodie, cette caricature des souvenirs que je chérissais au fond de mon coeur?
" Je te croyais partie."
Je ne savais pas quoi dire d'autre. Ces quatre mots étaient la seule question qui ne me demandaient pas trop d'efforts. Une dizaine de tueurs étaient sur ma trace, dont la moitié était mes anciens collègues, et ça faisait près d'un an que je les balladais. Je ne voulais pas montrer à Audrey à quel point la revoir me trahissait.
"J'ai toujours été avec toi, Clément."
Elle se pencha sur moi et toucha ma poitrine. Mon coeur battait la chamade, sous ma chemise qui collait à ma peau. Elle ferma les yeux et posa ses lèvres sur les miennes. Dieu qu'elles étaient restées douces. Je ne fermai pas les yeux, respirant les roses invisibles de son corps, détaillant chaque trait de ce visage qui n'avait pas changé, malgré le temps qui s'était écoulé. Je me demandai un instant si elle jouait avec moi au chat et à la souris. Puis je m'abandonnai à son étreinte.


Dernière édition par le Lun 22 Oct 2007 - 14:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Dim 21 Oct 2007 - 9:47

C'est très sympa.
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Mythic
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Dim 21 Oct 2007 - 10:25

très sympa aussi même si il y a un petit soucis au niveau des temps, tu passes du récit au présent à un récit au passé et il y a quelques virgules de mal passé mais c'est très bien dans l'ensemble

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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Dim 21 Oct 2007 - 11:01

Mythic a écrit:
même si il y a un petit soucis au niveau des temps, tu passes du récit au présent à un récit au passé et il y a quelques virgules de mal passé mais c'est très bien dans l'ensemble

Je pense pas qu'il faille y voir un problème dans l'absolu, mais plutôt un problème mineur, dans la mesure où ces passages passé/présent, s'ils dénouent avec tout ce qu'on peut apprendre à l'école, servent la rythmique, et apparaissent comme un effet de style... C'est une évolution de la focalisation, qui permet une altération du la dynamique temporelle de la scène... Bref, c'est comme si on se focalisait davantage sur les éléments lors du passage au présent. Par contre en général, mieux vaut marquer ça par un changement de paragraphe.

Le truc, c'est que là, c'est pas toujours bien employé ^^" Le premier paragraphe, ça va, mais au deuxième, il faudrait que l'action se passe au présent, sinon, on a clairement des lourdeurs (surtout que le présent est toujours plus approprié pour un récit à la première personne).

Sinon il y a un souci au niveau de l'identité de l'agresseur... au départ, on a l'impression qu'il assome le mec, puis quand il se réveille, il dit que ce n'est pas le cas, alors qu'on a l'impression que la fille est l'agresseur... Bref, quid de tout ça ? En lisant, on voit bien que c'est elle qui l'a capturé, non ?

Voilà, à part ça, je pense qu'il y a pas mal de fautes d'ortho à corriger, un peu d'entraînement pour harmoniser les temps... Enfin, je dois dire que c'est pas mal du tout ! Very Happy
J'ai pas vu quel âge tu as, mais c'est vraiment pas mal Wink
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Zauriel
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Dim 21 Oct 2007 - 13:21

merci pour ces commentaires
pour info, M, l'âge des forumers est inscrit sous leur avatar.

Nouvelle petite histoire ( je crois t'en avoir parlé, mythic)

La route au milieu de la ville est poussiéreuse. Peut-on vraiment parler d'une ville? EdgeTown ne présente qu'une centaine d'âmes. Mais sur les cartes de l'état major, on marque ville à côté de ce nom. C'est par la route principale que tout transite vers l'Ouest. Hommes, femmes, enfants; vivres, matériel, armes. EdgeTown est un rendez vous pour ceux qui rêvent d'aventure. La route qui traverse la ville est poussiéreuse, à cause des chariots qui passent toutes la journée, qui ramènent sable et saletés de leur périples. Les gens qui la traversent doivent porter leur bandana à la manière des bandits de grands chemins, pour éviter de s'étouffer. Mais voilà qu'un étrange attelage s'arrête devant le saloon du Lucky Star. Les chevaux sont noirs comme le jais, leur crinière blanche comme la neige. Ils sont pleins de sueurs, comme si le cocher leur avait fait traverser le désert au pas de course, sans interruption. Mais il n'y a pas de cocher. La calèche est construite dans un bois à moitié dévoré par les vers. Des termites y ont logés un temps, d'après les trous qui effleurent la surface. La porte de la calèche s'ouvre en un grincement interminable. Une botte se profile sur la marche. Elle est noire, en cuir, sanglée. immense. La deuxième botte se pose sur le sol. L'homme se retourne pour fermer la porte de la calèche. Les quidams qui traînent dans la rue n'ont pas pu voir ses traits. Ils attendent. La calèche semble tout droit sorti de l'Enfer, et cet étranger, habillé de cuir de la tête aux pieds, au fouet roulé et plaqué sur sa cuisse droite, au revolver énorme qu'il porte à sa ceinture, pourrait bien en être un émissaire. Son arme à feu est noire, elle aussi. Les portes du saloon claquent. Deux hommes en sortent, en se jetant des regards assassins. Ils s'éloignent l'un de l'autre. L'un d'eux bouscule l'étranger. Son visage se vide de toute couleur. Sa respiration s'accélère. Son expression change du tout au tout. Il semble effrayé, incapable de se contrôler. Il se met face à l'autre en claquant des dents. Sa main caresse la crosse de son revolver, avec une précipitation qui traduit une nervosité inattendue. L'autre l'a vu. Un coup de vent les sépare. Les yeux de l'étranger restent cachés derrière les verres teintés de ses lunettes. Ses lèvres esquissent un sourire macabre. Celui qu'il a touché se prend une balle dans l'estomac avant qu'il n'ait eu le temps de dégainer. Ses traits se convulsent. Ses jambes s'arquent. Il tombe dans la poussière. L'étranger s'approche du cadavre. Son assassin est reparti dans le saloon. L'homme en noir se penche sur le corps et porte ses doigts à la blessure mortelle, avant de goûter le sang du défunt. Un cri d'outre-tombe se fait entendre. Une ombre se dégage du cadavre, et tente de s'échapper. Trop tard, l'étranger a prestement délié son fouet et emprisonne l'âme qui voulait vainement trouver le repos. Les passants qui ont assisté à cette scène crient d'effroi. Certains se mettent à courir. Il est trop tard. Le chasseur d'âmes fera son office, ce soir. Il prononce les seules paroles qui sortiront de sa bouche durant son séjour à EdgeTown, ville frontière.
" EdgeTown, un paquet de monde à s'occuper."
Son revolver dans une main, le fouet dans l'autre, il part en chasse.
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Dim 21 Oct 2007 - 18:01

Zauriel a écrit:
merci pour ces commentaires
pour info, M, l'âge des forumers est inscrit sous leur avatar.

Yeap, j'ai vu, mais avant de poster, j'ai pas fait gaffe, et quand j'ai posté, bah on voit pas l'âge quand on poste lol

Bref, au moins ça a pas influencé mon jugement :p
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Dim 21 Oct 2007 - 18:46

non, j'ai pas l'impression que tu m'es parlé de celle là.... on a plus parlé de ton gros projet (pas mal au demeurant)

je lui trouve un petit coté "la Tour Sombre" Wink

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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Lun 22 Oct 2007 - 14:19

j'ai repris quelques petites idées de la tour sombre, mais aussi d'une autre livre que je vous conseille à tous, bloodsilver, de wayne borrow. ça raconte l'arrivée des vampires en amérique à la fin du XVII et la fondation d'un étatt paralèlle. j'ai continué un peu mon récit, qui se nomme blood western au passage , et je vais voir ce que je peux en faire.
M, pour le premier récit, je vais éditer les fautes.
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Jeu 8 Nov 2007 - 14:52

Je ne sais pas combien de temps tu passes à les écrire, mais même si il reste à travailler l'utilisation des temps et à mieux structurer la narration c'est vraiment pas mal du tout.

Les points à améliorer à mon humble avis
- gestion des temps : maitriser dans un récit des alternances est assez complexe : passé ou présent il faut choisir et ensuite seulement voir si certains passages rendent mieux en changeant le temps.
- structure de narration : effectivement, on à peine à croire que l'agresseur du 1 peut ligoter et transporter sa victime tout en gardant sa robe impeccable, bref, si complice il y a il faudrait en dire un tout petit peu plus (ou un tout petit peu moins...)
- dans le second, vu le contexte, j'aurais plutot vu une dilligence qu'une calèche (c'est certes plus convenu, mais la calèche est un petit véhicule (pas immense du tout) et n'est pas appropriée pour les longs trajets or, l'étranger vient de loin non ?
- en outre, certains détails dans tes descriptions m'ont paru un peu "too much" et nuisent à la noirceur de ton récit (à mon avis encore une fois...) j'ai un peu tiqué sur l'insistance sur l'aspect de la calèche (des vers + des termites...) et sur les chevaux noirs à la crinière blanche... tout ca me paraissait un peu trop ... "Beetlejuice" pour le ton de ton récit

A part ces petits détails, je trouve çà vraiment bien (surtout la première)
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Sam 5 Jan 2008 - 20:20

Un nouveau petit texte que j'ai baptisé "testament"


C’était la fin. Il venait d’en prendre réellement conscience après avoir quitté ses amis. Pour la dernière fois. Ils avaient joué aux cartes toute l’après midi, évoquant des souvenirs chaleureux afin de détendre l’atmosphère. Ils se rappelaient de ceux qu’ils avaient chéris, et de ceux qui étaient partis très loin dans un espoir de survie que tout le monde, eux compris, savait vain.
Il errait dans les rues de Nantes, désertes et saccagées. La promesse d’Armaggedon avait rendu la foule hystérique. Vingt-quatre heures plus tôt, il l’avait vue casser vitrines, voitures, façades. Comme la plupart des gens, il avait été hébété par la nouvelle. Et dans cet état de semi-conscience de son environnement, il les avait ignoré. Tel un fantôme, il avait traversé les avenues sans se préoccuper des feux qui s’allumaient autour de lui. A la manière d’un automate parfaitement huilé et programmé, insensibles aux cris et aux borborygmes de la foule et aux bruits de vitres cassées, il avait disparu dans la nuit pour retrouver son appartement, par miracle, dans le même état qu’il l’avait laissé il y avait à peine quelques heures. Sa vision se brouilla. Il s’affala sur un canapé devant la télévision qui retransmettait en boucle les images de la menace à laquelle personne ne réchapperait. Le météore que l’on avait pu voir dans des centaines de films de genre se présageait

Il ne savait plus trop que faire. Il n’avait pas bu une seule goutte d’alcool depuis trois jours. N’avait pas touché un seul joint depuis près de trente six heures. Mais il avait l’impression d’être totalement saoul. Il venait de quitter les meilleurs potes qu’il pouvait avoir. Il ne voulait pas les voir partir en fumée. Non, c’était faux. Il ne voulait pas qu’ils le voient au pire de sa forme. Dans un cynisme à son apogée, brillant d’un vernis d’orgueil limité, il leur avait dit adieu. En leur présence, malgré leur démonstration de tendresse, ses yeux demeurèrent secs. Mais après quelques pas dans la rue, il s’était assis sur le bitume et avait éclaté en sanglots. Il n’avait su que leur dire. Sa crise de larmes terminée, il s’en était allé, au hasard des rues, quand il entendit un coup de klaxon. Terrorisé sans savoir pourquoi, il se plaqua au mur. On claqua une portière.
« C’est toi ? »
Il se remit à respirer, la voix lui étant familière. Il dévisagea son frère. Son teint livide, ses yeux injectés de sang, sa barbe de trois jours. Tout cela ne lui ressemblait pas et trahissait un manque de fatigue flagrant. Mais comment dormir dans de telles conditions ? Choqué par cette apparition quasi spectrale, il resta immobile. Son frère s’approcha encore.
« Je suis venu te chercher. »
Il secoua la tête avec une détermination terrible. Il ne voulait pas rentrer. Il ne voulait pas les voir. Non, ça aussi c’était faux. Il ne voulait pas que son souvenir dans leurs mémoires, si elles persistaient après la catastrophe, soit celui d’un gosse au bord de la crise de nerfs. Il prit son frère dans ses bras et le serra profondément contre lui. Puis il se détacha de leur étreinte. Il venait d’avoir une illumination. Il sut, à ce moment précis, ce qu’il devait faire. Les mains sur les épaules de son frère, il lui sourit.
« Je ne viens pas. Retourne auprès de ta femme ».
Son frère détourna le regard.
« Et je dis quoi aux parents ?
- Dis leur que j’avais à faire. »

Ils furent tous les deux pris d’un fou rire qui dura une paire de minutes. Son frère remonta en voiture. Après avoir démarré, il baissa sa vitre et tendit la main. Leur poignée de main fut brève.
« Tu vas me manquer, firent-ils à l’unisson. »

Il suivit la voiture de yeux. Tous ses souvenirs passés avec le conducteur défilèrent à pleine vitesse dans sa tête. Puis il se rappela de ce qu’il voulait faire. Il se mit à courir. La nuit tombait. Alors que les carrefours se succédaient, alors qu’il traversait les avenues, des doutes émergèrent. Etait-elle encore là ? N’avait-elle pas quitter elle aussi l’hémisphère Nord dans un fol espoir de revoir le soleil se lever une nouvelle fois ? Il fit taire ces questions. Il pénétra dans le lotissement et s’arrêta devant la troisième maison à droite, maison identique à toutes les autres. Il se précipita sur le seuil et appuya frénétiquement sur la sonnette. Les secondes étaient des heures. Il désespérait de voir la porte s’ouvrir quand il entendit la clef tourner dans la serrure. Il était encore essoufflé. L’interrogation se peignit sur le visage de la jeune femme qui lui ouvrit.
« Mais qu’est ce que tu fais encore là ? »
Il prit son visage entre ses mains et pensa à toutes les fois où il aurait dû lui dire ce qu’il ressentait pour elle. Il repensa à une ballade nocturne et pluvieuse. Il s’était perdu dans son regard. Distrait par son intensité, il avait failli laisser le parapluie s’échapper. Il l’enlaça et l’embrassa longuement. Baiser qu’elle lui rendit avec tendresse.

Elle s’était endormie peu de temps après leur étreinte. Ses cheveux dorés étaient des rayons de soleil sur le ciel bleu de son oreiller. Elle était si paisible. Jamais elle n’avait été aussi belle. Quand il la regardait ainsi, il avait l’impression de découvrir le monde sous un nouvel angle. Plus léger. Plus simple. Avec elle, son cynisme s’évaporait. Il s’assit sur le lit, se pencha et l’embrassa pour la dernière fois. Elle gémit dans son sommeil et se tourna sur le côté. Il se rhabilla et quitta la maison.

Le ciel était écarlate. Mais il s’en fichait. Impact dans trente secondes. Il s’arrêta au milieu d’un pont. Impact dans vingt secondes. Il s’alluma une cigarette. Impact dans dix secondes. Il se rappela de son rire, de son regard. Impact dans cinq secondes. Elle lui avait donné envie de devenir quelqu’un de meilleur. Impact. Il tourna la tête, vers l’ouest. Sa cigarette tomba dans le fleuve. Son cœur battit encore une fois, pour elle. Puis, il fut consumé, avec comme dernière image son visage souriant, comme une photo polaroid.
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Sam 5 Jan 2008 - 22:40

J'aime, comme généralement tout ce que tu fais. Bravo.
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Sam 5 Jan 2008 - 23:45

merci ben
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Lun 1 Sep 2008 - 19:54

on n'est jamais trop vieux pour apprendre, et j'ai appris une belle leçon ce week end. comme en témoigne ce petit texte, que je viens d'écrire. un peu dans un style trigun. c'est "alone no more"

Le sable brûle mes lèvres et le soleil, malgré les épaisses lunettes jaunes que je porte, me brûle les yeux. Pourtant, je n'ai pas chaud. J'ai un sac sur l'épaule. Je n'ai que ça comme bagage. A la ville frontière, quand j'ai demandé la direction de Blues Red Rock, on m'a rit au nez. Les liaisons vers cette ville ne se font plus, à ce qu'on m'a dit. Ils m'ont dit que j'étais fou d'y aller. Beaucoup pensent que je le suis, d'autres que je le prétends seulement. Certains pensent que je suis tout simplement malade. Mais personnellement, je me fiche de ce qu'il pense. Seul le désert peut m'apporter les réponses que je cherche. Les gens de la ville frontière ne s'y trompent pas. Le tatouage sur mon épaule droite et l'aura qui plane sur mon être n'y sont pas étrangers. Je suis recherché, et pour une coquette somme. Je suis un vestige de l'ancien temps, comme en témoigne la flingue que je porte sur le côté. Un colt 45 avec une crosse en bois de santal. Le vieux type à la guitare, dans le bar, m'a tout de suite reconnu. Il n'a pas eu un geste de recul, et m'a même payé une bière. Un luxe dans le coin de cette planète.
" Pourquoi tu veux aller à Blues Red Rock?"
Il ne s'attendait pas à ce que je lui réponde. C'est lui qui avait quelque chose à me raconter.
"Ils sont tous morts, à ce qu'il paraît. Hommes, femmes, enfants. Une bande de démons a décimé la ville."
Je lève le sourcil. Je n'attendais pas ces mots là. Ma main droite vient titiller mon flingue, mauvais réflexe.
"Y'a combien de temps?
-Deux, trois semaines. Je peux rien te dire de plus, mon gars".
Un homme sec comme un clou débarque dans le bar. Il porte une étoile sur la poitrine, mais son air ahuri et ses joues piquetées ne trompent pas. Il ne mérite pas cet insigne.
"Clément Devil Dust Chéry, vainqueur de O'hara Hills et des Green Lake Ones."
J'aime quand ils sortent mon titre. Ca donne toujours un effet dramatique. Le vieux a posé sa guitare sur ses genoux et entame un air en riant doucement. A voir ses yeux qui pétillent, je devine que le shérif est bien ce qu'il a l'air d'être. Un ahuri.
Je retire mes lunettes et le toise. Je n'ai pas le temps pour ces conneries. Mais une réputation, ça se travaille. Et je vous parle pas de la mienne. Je n'ai pas besoin de parler. Juste de toucher de l'annulaire la crosse du 45, en souriant. Derrière les portes, on commence à s'ameuter. Le shérif de la ville frontière va-t-il être descendu par une légende vivante? Mais l'homme se retire, sous les rires méprisants. Mais quand je sors du saloon à mon tour, après avoir remercié le vieil homme d'une pièce d'argent, il n'y a plus personne. Le vieux me montre la direction, et je pars en Enfer.

Je me rappelle la dernière nuit avec une femme. On ne s'est pas touché. On a juste un fou rire, et je ne me rappelle même plus pourquoi. Mais bon dieu, que son rire était plaisant. Aussi plaisant que sa silhouette dans l'obscurité. Ce souvenir me rafraichit, et le désert s'ouvre devant moi. Je sais que je ne pourrai plus faire marche arrière. J'ai pactisé avec le diable, j'ai failli tuer mon père et envoyé un être cher dans les bras d'un docteur. J'ai pété les plombs plus souvent qu'à mon tour et laissé le démon en moi immiscer le doute à travers mes actes. Je ne traverserai pas le désert tout seul. J'ai de bons souvenirs, même les damnés en ont Si on doit faire certaines choses tout seul, ça ne coupe pas de notre humanité et des gens qu'on aime. C'est une amie qui m'a appris ça. Et j'ai déjà l'impression d'avoir sauvé une partie de mon âme. Je fume la dernière cigarette de mon paquet, malgré la chaleur. Le soleil se réverbère sur les verres de mes lunettes. J'y vais, je vais affronter le désert. Je vais affronter le désert, mais je n'y serai pas seul.
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Mer 28 Sep 2011 - 11:07

ça faisait longtemps que j'avais pas écrit de "petit truc sympa". là, c'est une histoire que j'ai écrite à une amie mélomane, j'ai beaucoup rigolé à l'écrire, et elle s'est beaucoup marrée à la lire également



Chapitre I
Le comté de M

Il existe des mondes qui perdurent. Pourtant oubliés, cachés dans un recoin de notre esprit, ces mondes vivent entre nos secondes, entre deux battements de paupières, deux battements de cœur. Ces mondes là ne sont perceptibles que par très peu d'êtres humains, et vous pardonnerez, je l'espère, à votre narrateur, son excès d'orgueil, quand je vous annoncerai que je fais parti de ceux-là.
Dans l'un de ces mondes, pas très éloignée de la tanière du soleil, se trouvait une immense plaine claire bordée de sept collines. Cette contrée était reconnue pour la culture de la vigne, des arts, et des plaisirs de la vie. Les chansonniers et poètes qui parfois s'arrêtaient sur ces terres étaient obnubilés par la paix inhérente de ce territoire. Le comté de M avait été, bien sûr, l'objet de convoitise de nombreux conquérants, mais à chaque fois, des négociations naturelles et pacifiques lui avaient permis d'éviter l'envahissement ou l'annexion. Ils célébraient la vie et ses bienfaits dans un respect total, toujours hédonistes, jamais débauchés. Sur une huitième colline située parfaitement au centre du domaine se dressait le palais. Total mélange des genres, son architecture accueillait aussi bien du roman et du gothique, que du cybernétique et du techno-organique, sans aucune faute de goûts. Malgré les anachronismes, les formes et les couleurs se mélangeaient en un tout unique et harmonieux. Les deux grandes portes qui refermaient le palais étaient d'un bois blanc extrêmement fin. Sur celle de gauche était inscrite l'image de John Coltrane, sur celle de droite celle de Miles Davis. Dans l'entrée, surplombée d'un immense escalier, les murs étaient couverts de tableaux griffés d'artistes ayant apprécié leur séjour à M. Billie Holliday, Charlie Mingus, Lee Morgan et pleins d'autres encore. Freddy Mercury avait même offert à la famille son piano, et Phil Collins son immense batterie. Des toiles de Miro, de Picasso, de Cézanne et de William Carlos Williams. Tout artiste était le bienvenu en M. A la fin de sa vie, Thomas More avait même avoué à l'un de ses plus proches amis qu'il s'était inspiré, dans une moindre mesure, de ces terres pour écrire son Utopie.
Le comté de M était gouverné par une des plus anciennes familles des mondes intérieurs. Il y a plus de dix milles ans, ils avaient découverts ces terres vierges, peuplées de quelques tribus, et en avaient fait leur royaume. Depuis cette époque, tous les habitants de cette contrée devaient rendre des comptes à leurs souverains en matière de culture agricole, mais aussi intellectuelle. Famille sage et avisée, les M. gouvernaient sans embûche depuis près de cent siècles, avec à leurs côtés les meilleurs conseillers de ce niveau de la réalité. De ce fait, malgré leur pouvoir absolu, jamais ils n'eurent à se heurter à la vindicte populaire, leur régence étant synonyme de bien commun.





Chapitre II
La comtesse et la Marmotte
A cette époque là, une femme était à la tête de la famille souveraine. Nul ne saurait lui donner d'âge, car ses yeux clairs semblaient avoir vu beaucoup, et son sourire gardait la candeur de l'enfance. Elle était connue pour être un esprit libre, un mécène de tous les arts. Et cet après midi là, comme lors de tous les après midis ensoleillés, elle s'était rendue aux écuries pour préparer une petite ballade en solitaire dans la grande plaine.
Dans cette contrée éloignée de l’esprit humain, la comtesse de M régnait sans aucune embûche. Cette après-midi-là, un soleil resplendissant occupait un ciel sans nuage. C’était bien entendu un après-midi parfait pour tester son nouvel engin.
Votre humble narrateur ne saurait décrire la moto, ni vous préciser de quel modèle il s’agissait, tant il était véloce. La seule chose dont on était sûre, c’est qu’elle était rouge. D’un rouge flamboyant comme était le soleil quand il rencontrait les flots, à l’heure du crépuscule. Si l’on regardait bien derrière ses cheveux, on pouvait apercevoir les deux fils noirs de ses écouteurs qui retombaient dans la poche gauche de sa veste en jeans. Qu’écoutait-elle ? se demande le lecteur. Eh bien si vous tendez bien l’oreille, vous pourrez entendre l’air qui s’échappait de l’appareil. Strange Fruit.
La comtesse laissait la moto s’élancer dans la plaine blanche et crème, survolant presque les valons qui la bordaient. Billie Holiday montait crescendo tandis que le destrier rouge escaladait la plus haute falaise des terres du comté.
Un sourire aux lèvres, la comtesse repoussa de devant ses yeux une mèche de cheveux et s’assit, contemplant le spectacle apaisant de la nature, Billie Holiday cédant sa place à Lee Morgan. Elle se laissait à rêvasser quand elle vit dans le lointain une masse sombre s’avancer très lentement. Elle plissa les yeux pour mieux distinguer, mais cela n’arrangea rien. Il lui semblait qu’une montagne informe évoluait vers le château. La comtesse fronça les sourcils. Aucun invité n’était attendu pour ce soir, chose exceptionnel sur ce comté. Et si jamais ç’avait été le cas, il se serait annoncé avec fortes couleurs. Aussi, inquiète et curieuse, elle fonça vers la masse noire et son effroi se fit grand quand elle vit à quoi elle avait affaire. Ainsi donc, les hospices étaient vraies. Ainsi donc, la menace qui planait depuis plusieurs années se profilait. La comtesse de M faisait face à l'armée de la Terrible Reine Marmotte.
Sur son siège surélevé, la Terrible Reine Marmotte eut un sourire de satisfaction quand elle vit la régente et lui fit signe d'approcher. Quatre esclaves humains battaient des éventails autour de Sa Majesté. La comtesse de M fut bien obligée de se retrouver face à la Conquérante, ses soldats la pressant dans son dos. Déterminée à ne pas montrer sa peur, elle fixa dans les yeux le monstre tyrannique jusqu'à ce que celui-ci les baisse avec un grondement.
« Reine Marmotte, vous n'êtes pas la bienvenue dans ces lieux. Votre réputation vous précède, et M compte de nombreux réfugiés de vos précédentes guerres. Si vous venez vous recueillir artistiquement, ce domaine vous est ouvert. Dans le cas contraire, je vous somme de quitter mes terres à l'instant. »
L'énorme marmotte passa sa non moins énorme patte sur sa gueule en riant. Elle était effrayante, avec ses petits yeux noirs qui se cachaient dans les recoins de ses poils, qui vous étudiaient comme si vous étiez une grenouille disséquée sur les tables d'un cours de biologie.
« Votre musique, votre peinture, vos statues. Tout cela ne m'intéresse pas. Vous avez le choix, comtesse. Vous livrer à moi, ainsi que votre peuple et découvrir tous les mondes, enchaînés, bien entendu. Ou alors périr, entourés de vos précieuses oeuvres d'art, et nous vous ferons jouer un magnifique requiem, je vous le promets. »
La Terrible Reine Marmotte sourit de toutes ses dents tranchantes en étudiant sa future adversaire. La comtesse de M ne dit rien.
« Vous avez deux jours pour prendre votre décision, comtesse. Dans deux jours, ce sera l'assaut. »
Sans mot dire, la comtesse chevaucha jusqu'au château, sans s'inquiéter des panneaux de limitation de vitesse qui bordaient les chemins. Les gardes, alarmés de sa promptitude, refermèrent, chose qui ne s’était que rarement produite auparavant, les lourdes portes blanches derrière elle. La comtesse se précipita sur les remparts et tira la guitare qu'elle portait à son dos pour jouer avec les gardes, air qui signifiait la mise en danger de M et de ses habitants. Les fermiers se réfugièrent dans leurs granges, les artistes dans les odéons, prenant bien soin de valider toutes les sécurités des bâtiments.

Chapitre III
La réunion
La comtesse de M n'avait jamais présidé de conseil de guerre. Et on ne pouvait guère appeler comme ça la noble assemblée de musiciens, peintres et sculpteurs qui régissaient le royaume avec elle. Aucun d'eux n'avait la moindre idée de ce qu'était la guerre, de manier une arme, ou d'impressionner un ennemi. Mais tous savaient la menace mortelle que représentait la Terrible Reine Marmotte et se lamentaient du terrible sort qui leur était destiné.
L'un des plus vieux conseillers de M, Bob, jeta un regard mystérieux à la comtesse en lui disant:
« Il y a peut être un moyen de s'en sortir sans brandir la moindre épée. »
Intriguée, la comtesse lui demanda de poursuivre. Mais Bob ne dit rien de plus, trop absorbé à rouler son joint sur la table. David, l'homme aux yeux pers, dut lui donner un violent coup de coude pour qu'il revienne à la conversation.
« Toi, tu m'as l'air d'être sacrément under pressure. »
David préféra se taire, Johnny Cash de l'autre côté de la table se prit la tête dans les mains.
« De tous les cinglés réunis ici, il faut que ce soit le plus cinglé qui ait une bonne idée. »
Remarque qui fit beaucoup marrer Sammy Davis Jr et Ray Charles.
Et comme d'habitude, tout partit en vrille. Knopfler et Clapton accordaient leur guitare en pensant à une reprise de Fire, Mick Jagger disait à Phil Collins qu'il pensait faire un film avec Terry Gilliam. Scorsese parlait avec DiCaprio d'un nouveau projet de film avec lui en rôle titre, bien sûr. En temps normal, la comtesse adorait voir apparaître l'émulsion phénoménale de tous ces gens. Leurs discussions promettaient toujours des performances incroyables. Seulement, l'urgence de la situation ne lui fit pas de profiter de tout ça.
Les seules personnes qui n'étaient pas parties dans leurs délires s'étaient rapprochées d'elle. Robert Smith s'était assis à côté du vieux Bob, Springteen et Miss Turner en bout de table, à sa gauche.
Le vieux Bob jouait avec ses dreads en tirant tellement sur son pétard que la comtesse crut que ses yeux allaient jaillir de leur orbite.
« Bob, quel est la solution? »
Bob passa son pétard à Robert qui chantait Boys don't Cry, à cause de sa récente rupture avec Pat Benatar.
« Tu dois parler avec Miles le Grand. »
Springsteen et Miss Turner étaient atterrés. Smith se marrait, et la comtesse sentait que l'issue était inéluctable. La Terrible Reine Marmotte allait tous les enchaîner. C'était foutu. Springsteen monta au créneau.
« Arrête de délirer, vieux Bob. Miles est un mythe, personne ne l'a jamais vu. »
Le vieux Bob prit un air triste.
« Jim Morrisson l'a vu.
- Jim était encore plus défoncé que toi, et ce n'est pas peu dire, répliqua Miss Turner. »
La comtesse se tourna vers elle.
« Avez-vous une autre solution? Quelque chose? N'importe quoi? »
Springsteen baissa les yeux de honte.
« Non, Madame, nous n'avons rien. Et les autres non plus.
- Alors, nous suivrons l'idée de Bob. »
Le vieux noir eut un sourire délirant et remercia sa souveraine pour sa confiance. Ainsi, la comtesse sortit de la salle, accompagnée des quatre artistes qui l'avaient aidée à prendre sa décision, laissant les autres préparer leur concert de ce soir.

Chapitre IV
La forêt d'Emeraude
Jim Morrisson était un fou, tout le monde le savait. Qu'il meure dans sa baignoire en plein Paris n'avait rien d'extraordinaire, et tous les complots qui gravitaient autour de sa mort n'étaient que du vent. Jim était fou, certes, mais Jim avait vu des choses qui dépassaient l'entendement, même ici à M.
Miles le Grand était le mythe fondateur de ces terres. On racontait qu'avant sa venue, il n'y avait que terres inhospitalières. Alors il avait sortit sa trompette de son étui et s'était mis à jouer. Et là, tout avait pris forme. Belle histoire, mais ce n'était qu'un mythe.
Pourtant, Jim avait raconté à Bob que pendant ses voyages aux travers des portes de la perception, il avait rencontré Miles, dans la forêt émeraude qui se trouvait derrière le château.
Les cinq aventuriers traversèrent à cheval plusieurs kilomètres avant de parvenir à la clairière, qui se trouvait en plein centre de la forêt. Ils attachèrent leurs chevaux et s'assirent en cercle à côté du lac.
Bob préparait un joint Spécial. Qui allait permettre, selon lui, de transcender l'espace et le temps. Il tira dessus en premier, pour bien l'allumer. Le fila à Springsteen, qui faillit en faire cracher ses poumons. Miss Turner prit une latte par politesse, Smith refusa cordialement, et la comtesse fuma en dernier.
Et là, ce fut comme une gigantesque explosion silencieuse qui la secoua. Elle pouvait voir à 180° sans angle mort, les couleurs lui paraissaient plus vives, les formes plus précises. Elle entendait le rire de Bob se lever comme une symphonie, et puis s'éloigner, très rapidement. Bientôt, elle fut seule. Ses quatre compagnons avaient disparu de la clairière. Elle entendit un bruissement et vit avec ravissement un essaim de coccinelles sortir des saules pleureurs. L'essaim se rassembla pour former une silhouette puis un véritable corps. Il s'agissait d'un homme noir large d'épaule, en costume rouge et noir, qui tenait à la main une trompette brillante.
« Bravo, mon enfant, fit-il d'une voix grave. Tu as traversé les portes. »
Il s'agissait de Miles le Grand. Ainsi, ce n'était pas un mythe.
« Crois tu? Lui demanda-t-il comme s'il avait lu ses pensées. Tu viens de te fumer un spécial de Bob en parlant de moi. C'est peut être ton inconscient qui te parle, et pas vraiment Miles Davis. »
Il porta la trompette à ses lèvres et entama une douce mélodie qui grisa encore plus la comtesse. Dieu ce qu'il jouait bien.
« Miles, j'ai besoin de votre aide. L'ennemi est à nos portes, et nous ne pouvons le repousser. Vous êtes notre seul espoir. »
Miles eut un sourire doux. Il s'approcha de la comtesse et s'assit à côté d'elle.
« Vois-tu, mon enfant, je ne suis pas l'espoir. Tu l'es.
- Alors pourquoi le vieux Bob m'a-t-il demandé de venir?
- Parce que tu devais t’en rendre compte, comtesse. »
Miles le Grand posa la main sur le visage de la comtesse. Elle la sentit traverser sa tête, et quand elle en ressortit, Miles tenait une minuscule clef en or.
« Qu’est ce que c’est ?
- Il s'agit de la Spanish Key. Je l'ai crée il y a fort longtemps, pour abriter l'essence de la Musique. Les comtes et comtesses de M se la transmettent de génération en génération. Tu es la première à le savoir. »
La comtesse ouvrit la main et Miles lui donna l'ancien artefact. Elle sentit toute sa puissance vibrer jusqu'en elle. Elle leva les yeux, mais Miles le grand avait disparu. La clairière était redevenue un peu terne, et ses compagnons étaient réapparus. Groggy, les yeux un peu hagards, et définitivement plus rayonnants qu'ils ne l'étaient en pénétrant dans la forêt.
« Tout le monde va bien? »
Ils hochèrent tous la tête. Quoique chacun ait vu, ce devait être bouleversant.
Ils se remirent tous debout quand ils entendirent les tambours de guerre des envahisseurs résonner au loin. La Terrible Reine Marmotte avait rompu son serment, et se préparait à prendre le palais d'assaut.
« Saloperie de bestiole, fit Miss Turner entre ses dents. »

Chapitre V
L'assaut


Ils se remirent prestement en selle et chevauchèrent. Au château, ils grimpèrent sur les remparts. La comtesse demanda l'état des lieux à Bon Scott, qui avait pris la charge de capitaine.
« On est mal barrés. On a récupéré quelques flèches dans l'arrière-cour, on en a dessoudé quelques dizaines. Mais ces saloperies sont bien trop nombreuses. Dès qu'ils atteignent les remparts, on est foutus. Bowie et Jagger sont en train de prendre des paris pour savoir combien de temps nous allons durer. »
La comtesse étouffa un juron. Aucun des artistes ici présents n'étaient des guerriers. Et à part quelques reliques, M ne gardait en son sein aucune arme. Puis elle se remémora sa conversation avec Miles le Grand. Son regard croisa celui du vieux Bob, amusé, qui l'invitait à poursuivre son raisonnement jusqu'au bout.
La comtesse, songeuse, monta sur le plus haut rempart, malgré les protestations de ses conseillers.
« Vous allez vous faire tuer, Madame. »
Du champ de bataille, la Terrible Reine Marmotte se mit à rire en voyant la souveraine ainsi exposée aux flèches ennemies.
« Regardez, soldats. M se rend. Les terres sont à nous. »
Les horribles bestioles crièrent victoire, mais trop tôt. La comtesse embrassa du regard la plaine blanche et claire souillée par les armées de l'envahisseur. Puis, elle sortit de sa poche la minuscule clef que lui avait confié le père fondateur. Et lui donna une légère pichenette. La clef tinta, et tous les artistes se sentirent possédés d'une énergie nouvelle. Ils montèrent sur les remparts, auprès de leur dame, et tous commencèrent à chanter, danser, et jouer d'un instrument. Pour les marmottes, ce fut une cacophonie. Pour les habitants de M, une symphonie. Du son se matérialisa une tornade d'un bleu électrique qui balaya les ennemis en seulement quelques secondes. Les rares survivants, au nombre duquel ne figurait pas la Terrible Reine Marmotte, terrifiés par le pouvoir qui s'était déchaîné prirent leurs pattes à leur cou et disparurent dans le lointain.
On raconte que depuis cette époque, nulle créature de quelque monde que ce soit ne s'est aventurée à vouloir conquérir ou piller les terres de M. La légende de la clef d'or a fait beaucoup de bruit. J'ai rencontré, dans un pub du SubLondon, une marmotte repentie qui bossait là bas. Quand je lui ai posé des questions, sur l'échec de la campagne de M, elle prit grande peur... Et m'offrit une deuxième pinte, pour peu que je ferme ma gueule.


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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Jeu 29 Sep 2011 - 8:35

Ca fait plaisir de te revoir à l'oeuvre.
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MessageSujet: Re: nouvelles de mon placard.   Ven 30 Sep 2011 - 15:21

merci ben.
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